Abonnez-vous à notre bulletin d'information bi-hebdomadaire gratuit sur la Chine-Afrique.

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Suivez PAC sur les réseaux sociaux

Ecouter le Podcast PAC

Comment le TAZARA correspond au Small and Beautiful de la Chine ?

Tazara Chine Zambie Tanzanie négociations
Tracée du chemin de fer Tazara qui relie la Zambie au port de Dar-Es-Salaam en Tanzanie

C’est la question que plusieurs d’entre vous ont dû se poser à l’annonce en milieu de semaine de l’offre de Pékin d’investir 1 milliards de dollars américain dans la remise à niveau et la modernisation du Tanzanian-Zambia Railway (TAZARA). Comment un projet énorme comme celui-là peut-il correspondre au « Small and Beautiful » dont on parle désormais pour décrire la nouvelle approche de financement de la Chine en Afrique.

Depuis plusieurs mois, nous cessons de vous répéter que la Chine a changé son approche en Afrique et a tourné le dos aux financements et énormes prêts qu’elle accordait aux pays africains au cours des 10-15 dernières années.

La Chine d’aujourd’hui c’est le « Small & Beautiful » ou encore « Small yet Smart »comme l’avait présenté le président chinois lors des 10 ans de la Belt and Road Initiative en octobre dernier.  Une approche qui explique notamment comment William Ruto du Kenya ou Samiah Suluhu de Tanzanie n’ont pas su trouver au près de Pékin les milliards de dollars qu’ils voulaient, le premier pour son chemin de fer et la seconde pour son port de Bagamoyo. 

Mais comment expliquer l’engagement et l’offre de la Chine sur le TAZARA? Comment sont-ils en alignement avec cette nouvelle approche chinoise?

La Chine ferait-elle une exception ou reviendrait-elle à ses anciennes habitudes?

La réponse est simplement non.  L’intérêt et l’approche de la Chine sur le TAZARA correspondent toujours à sa nouvelle philosophie en Afrique… du moins en grande partie. 

Commençons par le plus évident, non ce n’est pas du « Small »/petit. Le TAZARA est un énorme projet. Un chemin de fer long de 1860 Km qui couvre deux pays. Donc c’est un projet gigantesque. 

Smart et/ou Beautiful? Oui. Le smart et beautiful correspondent à la rentabilité, la viabilité économique et l’importance du projet. 

Le projet sera exécuté dans le cadre d’un partenariat public-privé. Là où la Tanzanie et la Zambie espéraient que Pékin puisse refinancer le projet dans le cadre de l’aide au développement comme elle l’avait fait lors de sa construction en 1975, Pékin a insisté que le projet devait être commercial et donc économiquement rentable.

Et il n’est pas question qu’elle finance uniquement le projet, à travers un prêt, et attende que les deux pays lui remboursent des années après et avec le risque qu’ils n’y parviennent pas.

Du reste, en pleine crise de la dette, la Zambie n’est simplement pas en position de prendre ce genre de prêts et la Chine n’a pas non plus la volonté de se retrouver dans la situation dans laquelle elle se retrouve maintenant avec elle. 

D’où le PPP qui permet aux trois pays de co-financer le projet à une certaine hauteur, même s’il ne fait aucun doute que la Chine financera le gros du projet, et de partager les risques.

Au delà de la modernisation du TAZARA, la Chine obtient aussi la concession/gestion du chemin de fer. Nous n’avons pas encore les détails (il faudra encore que l’offre finale soit approuvée par les trois gouvernements), mais elle obtiendra certainement un contrat de gestion qui va s’éteindre sur plusieurs années de facon à garantir le bon fonctionnement du chemin de fer donc sa rentabilité et viabilité… La seule manière pour elle de garantir un retour sur investissement. 

C’est la même approche qu’elle a utilisé au Kenya avec le Nairobi Expressway. 

Dans une approche qui tend à réduire les risques pour elle et les autres pays, Pékin trouve le moyen de contrôler l’un des corridors de transport important du continent. 

C’est ici que se situe la dimension « Beautiful » du projet. Après avoir perdu le contrat de gestion du chemin de fer de Benguela en Angola (qu’elle avait pourtant réhabilitée en 2013 pour 1.8 milliards USD), et constatant la présence manifeste des USA et de l’UE sur ce corridor, la Chine comprend la nécéssité d’avoir sous la main d’un chemin de fer qui donne accès à l’ocean indien et qui permettra l’évacuation des ressources naturelles de la région vers le port de Dar-Es-Salaam. 

Il y a donc un dimension géoéconomique derrière l’intérêt de Pékin sur le TAZARA.

Cependant forte de son expérience passée, elle choisit le PPP avec la Zambie et la Tanzanie afin de ne pas se brûler les doigts. 

En résumé, voici ce qui explique l’intérêt de la Chine sur le projet et le choix du modèle de financement qu’elle a choisi. Il n’est plus question que les intérêts géopolitiques supplantent la rationalité économique. 

C’est quoi le Projet Afrique Chine

Indépendant

Le Projet Afrique-Chine est fondamentalement independent, non-partisan et ne fait la promotion d’aucun pays, compagnie ou culture.

Actualité

Une sélection minutieuse des articles les plus importants de la journée sur la Chine et l’Afrique. Mise à jour 24 heures sur 24 par des rédacteurs humains. Pas de robots, pas d’algorithmes

Analyses

Des points de vue divers, souvent non conventionnels, d’universitaires, d’analystes, de journalistes et de diverses parties prenantes du débat Chine-Afrique.

Réseau

Un réseau de professionnels unique, composé de chercheurs, d’analystes, de journalistes et d’autres acteurs de la Chine et de l’Afrique du monde entier.