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Edito: L’intolérance politique en occident fait le lit du narratif chinois en Afrique

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FRANCE, Paris, Place de la République, 3 juillet 2024. Rassemblement pour un Front démocratique contre l'extrême droite organisé par des centaines de médias indépendants, d'associations et de syndicats, quatre jours avant le second tour des élections législatives anticipées. Photographie de Valérie Dubois / Hans Lucas.

J’ai passé les des deux derniers mois à faire le tour de quelques capitales européennes et les Etats-Unis pour discuter des minerais critiques et de comment l’Europe et les Etats-Unis pourraient coopérer avec l’Afrique ; le tout dans un contexte de compétition avec la Chine et de la montée de l’extrême droite en Europe et aux Etats-Unis, avec un probable retour de Trump à la maison blanche et de ses conséquences sur la politique étrangère américaine.

Au milieu de ces débats, j’ai découvert un monde occidental divisé, partagé et prêt à se déchirer face à la montée de l’extrême droite. 

Inconsciemment ou non, et s’étant convaincu d’une bonne foi – en fonction, bien sûr, de leurs affinités politiques – plusieurs de mes interlocuteurs ont longtemps adopté une posture profondément anti-démocratique. Un discours qui facilement ferait douter de l’avenir de la démocratie, du moins telle que nous la connaissons, dans ces pays. 

Qu’il s’agisse de journalistes, d’experts ou de simples citoyens, le discours est devenu tellement clivant qu’il ne semble plus y avoir d’espace pour un dialogue constructif, sain et démocratique. 

Le débat démocratique poli, contradictoire, civilisé et constructif a laissé place à des postures moralisatrices pharisiennes où l’on se considère saint devant faire opposition à l’autre démoniaque.

Il ne s’agit plus d’un débat d’idées mais de celui du bien contre le mal. Évidemment le mal étant toujours l’autre. 

Aux États-Unis et en France, l’idée d’une victoire électorale de l’extrême droite a plongé plusieurs dans un état dépressif et quasi apocalyptique, s’attendant à une fin du monde certaine.   

En France, l’éventualité d’une victoire du Rassemblement national (RN) aux élections législatives anticipées du 30 juin avait plongé l’élite sociale et politique française dans une crise existentielle au point où la défaite du RN a été accueillie avec un ouf de soulagement comparable à celui de ceux qui viennent d’échapper à une mort certaine.

Aux États-Unis, l’attentat manqué contre Trump a laissé le sentiment que la dernière carte gagnante a été donnée à un dangereux maniaque qui n’aurait jamais dû être au pouvoir. 

Il ne s’agit pas ici de porter un jugement de valeur sur les positions politiques des différents des uns et des autres, mais de constater qu’un débat démocratique est devenu pratiquement impossible entre les deux camps.

Dans les différentes interactions, privées comme publiques, il est facile de percevoir le regret de ce que la démocratie électorale libérale a produit. Ce regret est encore plus déprimant lorsqu’on considère que la montée de l’extrême droite a été – certains diraient « semble » – l’expression des opinions de la majorité. 

Même aux États-Unis, où l’on peut affirmer qu’une victoire électorale n’équivaut pas à un soutien populaire, les sondages donnent Trump en tête des votes populaires. 

Tout cela m’a amené à me demander si beaucoup n’échangeraient pas, si l’occasion leur était donné, leur si belle démocratie libérale contre un système semblable à celui de la Chine, où l’élite choisirait les « meilleurs » d’entre eux pour diriger, laissant ains les « ignorants » et les « non-éduqués » en dehors du processus de décision. Qu’il s’agisse de la majorité ou non, laisser le pouvoir de décisions à cette élite éclairée et « avant-gardistes » qui déciderait pour tous.  

Je vois d’ici la tentation de balayer d’un revers de main ces suppositions que l’on présenterait comme résultant d’une exagération de la réalité. Mais je prendrai ici pour témoin les nombreuses insultes – en privé et en public – et les descriptions condescendantes que chacun des camps fait de l’autre. 

Il ne fait pratiquement aucun doute aujourd’hui que les des deux camps considèrent l’autre comme ne méritant pas de partager le même espace social et politique, et encore moins d’avoir un mot à dire dans la direction de leur pays. 

Que l’extrême droite finisse par prendre le pouvoir ou perdre tout en conservant son élan croissant, en tant qu’Africain, tout ce débat et la toxicité du paysage politique dans ces pays m’ont conforté dans l’idée qu’aucun pays n’a le droit ni le pouvoir de venir nous dicter les termes, la forme, le chemin et le rythme de notre démocratie. C’est à nous de les déterminer et nous y arriverons à notre tempo. 

C’est la raison pour laquelle le narratif chinois de la Chine sur la démocratie ne laissera pas plusieurs insensibles sur le continent. Mais au delà de ce débat toxique, c’est les incohérences entre les valeurs démocratiques qu’ils prônent et leur gouvernance interne et exterieure qui continueront à faire le lit du narratif chinois dans les pays du sud.

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