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Que nous dit la non-approbation de l’acquisition d’Allied Gold par Zijin Gold sur l’avenir de la Chine en Afrique?

NDRC Zijin Allied Gold minier
Zijin Mining logo. Photo Yicai Global

La décision de la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) de Chine de retarder l’approbation du rachat de la société canadienne Allied Gold par Zijin Gold International nous offre un aperçu de l’évolution de l’approche chinoise dans le secteur minier africain.

Pendant longtemps, les entreprises chinoises ont été perçues comme beaucoup plus tolérantes au risque que leurs homologues occidentales. De la République démocratique du Congo à la Guinée, en passant par le Mali et le Zimbabwe, elles ont multiplié les acquisitions dans des juridictions minières considérées comme difficiles ou instables, là où de nombreuses entreprises occidentales hésitaient à y investir. Un pari payant car ça leur a permis de dominer ces secteurs-là.

Cette réputation reposait toutefois sur une idée largement erronée; les entreprises chinoises n’ont jamais véritablement été plus enclines à prendre des risques. Elles les évaluaient simplement différemment.

Pendant des années, la question centrale n’était pas tant de savoir si un pays disposait d’institutions solides ou d’un système démocratique stable, ou même de transparence, que de savoir si le régime en place était suffisamment fort et durable pour protéger les intérêts chinois. Les entreprises présentes pouvaient-elles faire confiance au régime. Ce sont les questions qui importaient le plus. Dans ce contexte, le développement de réseaux politiques étroits avec les élites dirigeantes est devenu un élément essentiel de la gestion des risques pour les entreprises chinoises. Les relations politiques constituaient souvent une forme d’assurance informelle face à l’incertitude.

Aujourd’hui, cette équation est en train de changer. Partout en Afrique, les États fragiles et les gouvernements faibles deviennent de moins en moins garants de stabilité et de plus en plus sources d’incertitude. Les coups d’État, la montée du nationalisme des ressources, les difficultés budgétaires, la dégradation de la situation sécuritaire et les demandes persistantes pour une transformation locale avancée, rendent les relations politiques beaucoup moins protectrices qu’auparavant.

Le Mali illustre parfaitement cette nouvelle réalité.

Sur le papier, la Chine entretient de bonnes relations avec la junte au pouvoir. Pékin fournit des équipements militaires, forme des officiers maliens et maintient une coopération politique active avec Bamako. Pourtant, ces liens ne suffisent plus nécessairement à rassurer les entreprises chinoises.

Les tensions entre l’État malien et Barrick Gold constituent un signal particulièrement préoccupant. En 2024, plusieurs employés de la société ont été arrêtés et un mandat d’arrêt a été délivré contre son directeur général, Mark Bristow. En 2025, les autorités ont finalement pris le contrôle du complexe aurifère de Loulo-Gounkoto. Pour les investisseurs étrangers, en particulier les investisseurs chinois, ces événements soulèvent des interrogations quant à la prévisibilité du cadre d’investissement et au respect des engagements pris par les autorités.

L’expérience de la China National Petroleum Corporation (CNPC) au Niger voisin constitue un autre signal d’alerte. Malgré les relations étroites entre Pékin et Niamey, et bien que les entreprises chinoises soient restées parmi les seuls grands investisseurs étrangers présents dans le pays après le coup d’État de juillet 2023, les autorités militaires ont à plusieurs reprises exercé des pressions sur les opérateurs chinois afin d’obtenir davantage de concessions financières. La bonne entente politique n’a pas empêché les tensions commerciales. Après avoir investi près de 7 milliards de dollars dans le secteur pétrolier nigérien, la CNPC s’est retrouvée dans une position de faiblesse face aux exigences croissantes de la junte.

À cela s’ajoute la question sécuritaire. Comme au Niger, les attaques récentes menées contre des positions militaires et des infrastructures au Mali rappellent les limites de la capacité de l’État à garantir la sécurité des opérations minières et du personnel étranger.

Dans ce contexte, la prudence affichée par la NDRC vis-à-vis du projet de rachat de la mine d’Allied Gold apparaît beaucoup plus compréhensible. La question n’est pas de savoir si la Chine a maintenant peur de l’Afrique, ou de continuer son acquisition de projets aurifères sur le continent, mais à déterminer si les actifs maliens justifient les risques politiques, sécuritaires et opérationnels qui les accompagnent.

Cette décision reflète une tendance plus large et naissante observée à Pékin. Les autorités chinoises encouragent désormais les entreprises à renforcer leurs mécanismes d’évaluation des risques et à accorder davantage d’importance aux facteurs géopolitiques. Les réseaux politiques – la culture du Guanxi comme on dit en Chine –  demeurent des outils utiles, mais ils ne suffisent plus, à eux seuls, à protéger les investissements face à des environnements de plus en plus volatils.

Au début de ce mois, Pékin a désigné l’entreprise publique Guangyan International Investment Co. pour accompagner les entreprises minières chinoises, publiques et les grandes entreprises privées, dans leurs investissements à l’étranger. Ce choix reflète la volonté de Pékin de mieux coordonner sa défense face à des attaques contre ses investissements à l’étranger.

Le message qui semble émerger de Pékin est clair : la Chine continue de vouloir sécuriser davantage de ressources minières en Afrique et soutenir l’expansion internationale de ses entreprises. Mais l’époque où ces opportunités étaient poursuivies presque à n’importe quel prix semble progressivement toucher à sa fin.

L’Afrique a changé. Les risques ont changé. Et les entreprises chinoises commencent, elles aussi, à adapter leur lecture du continent.

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