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RDC-Chine-USA: Victoire américaine sur le dossier Chemaf en R.D.Congo

Virtus Minerals Norin Mining Chemaf
Photo Chemaf

Les considérations géopolitiques et politiques ont finalement pris le dessus dans la décision des autorités congolaises de donner leur feu vert à la cession du projet minier de Chemical of Africa (Chemaf) à l’entreprise américaine Virtus Minerals. Pendant près de deux ans, l’entreprise publique minière, la Gécamines, à travers son patron de l’époque, Guy-Robert Lukama, s’était opposée à la cession de ce projet au groupe chinois Norin Mining, rejetant notamment des offres allant jusqu’à 1,4 milliard de dollars. Norin Mining est la filiale du fabricant d’armes chinois Norinco.

Mis en vente dès octobre 2023, le groupe Chemaf a toutefois eu du mal à trouver un repreneur. La faute à une créance énorme de 600 millions de dollars à Trafigura et à des cours de cobalt à la baisse. En juin 2024, Norin Mining annonce son intention de racheter Chemaf, sans communiquer le montant de la transaction.

Quelques jours plus tard, en juillet 2024, la Gécamines s’oppose à la transaction, invoquant un manque d’information de la part de Chemaf sur les termes du deal, qui incluaient notamment la cession du projet de Mutoshi. Ce dernier est exploité par Chemaf dans le cadre d’un contrat d’amodiation, mais reste la propriété de la Gécamines.

Entre-temps, plusieurs rapports font état de pressions américaines exercées sur les autorités congolaises et la Gécamines afin de s’opposer à la transaction. Ce que la Gécamines va démentir.

Officiellement, la Gécamines affirme vouloir développer elle-même le projet, bien qu’elle ne dispose pas des capacités financières nécessaires. Elle propose ainsi une offre de seulement 1 million de dollars. Cependant, Chemaf est fortement endetté — 600 millions à Trafigura et près de 170 millions USD à ses contractants — ; tout repreneur sérieux devrait prouver ses capacités financières non seulement à reprendre le projet, mais aussi à régler l’ardoise de Chemaf auprès de ses créanciers.

En février 2025, Norin Mining revient à la charge avec une offre améliorée. Non seulement elle propose désormais 1,4 milliard USD, bien au-delà de la valeur estimée du projet, mais elle propose désormais d’augmenter les parts de l’État congolais de 5 à 15% et reste ouverte à discuter des modalités de répartition des parts du moment où elle continuera à maintenir la majorité de l’actionnariat.

Rebelote, la Gécamines oppose à nouveau son refus, évoquant les mêmes raisons sans pour autant faire une offre compétitive crédible.

Il faut noter qu’en février 2025, l’opposition de la Gécamines intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement défavorable au gouvernement congolais. Le mouvement rebelle M23 venait de prendre les villes de Goma et de Bukavu dans l’est de la RDC, et le président congolais, Félix Tshisekedi, avait commencé à approcher la nouvelle administration américaine pour un accord minier qui devrait donner accès aux États-Unis aux minerais critiques congolais – le tout sur fond de rivalité géopolitique mondiale – , en échange d’un soutien politique et diplomatique face au Rwanda, qui soutient le M23.

Dans ce contexte, la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine publie un message sur X encourageant explicitement le gouvernement congolais à s’opposer au rachat de Chemaf par Norin Mining, estimant que celui-ci poserait des risques pour la sécurité nationale des États-Unis et de la RDC.

Etats-Unis Norin Mining Chemaf Congo

Face à ce qui semblait devenir de plus en plus un choix politique des autorités congolaises, Norin Mining finit par se retirer du processus.

En décembre 2025, les États-Unis et la RDC signent un partenariat bilatéral stratégique qui donne aux entreprises américaines un accès privilégié aux projets miniers lucratifs et stratégiques en RDC et qui, de facto, par ces mesures d’application , bloque l’expansion des entreprises chinoises dans le secteur minier congolais.

À la suite de cet accord, Virtus Minerals, une entreprise américaine récemment créée par des anciens de la CIA et de l’armée américaine, jette son dévolu sur le projet et exprime sa volonté de racheter l’actif minier.

L’offre qu’elle fait – 30 millions de dollars USD – est bien inférieure à celle de Norin Mining, mais elle est suffisante non seulement pour attirer l’attention des autorités congolaises, mais aussi pour susciter des tensions internes. Le patron de Gécamines, Guy-Robert Lukama s’oppose à l’offre qu’il juge insuffisante. Au-delà de l’offre, il met en doute l’expérience minière de Virtus pour acquérir un tel projet. Ces tensions internes congolaises aboutiront au remplacement de Lukama à la tête de la Gecamines en février 2025.

Le feu vert donné à l’offre de Virtus met ainsi fin à deux années de blocage et de pression américaine permanente autour d’un projet de cuivre et de cobalt à fort potentiel — sur fond de rivalité géopolitique croissante entre la Chine et les États-Unis en RDC.

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