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Quid des implications des relations bilatérales stratégiques avec la Chine?

Chine Iran Venezuela
Image d'archive: Le président chinois Xi Jinping (au centre, à gauche) s'exprime lors de la cérémonie d'ouverture du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC) au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 5 septembre 2024. GREG BAKER / AFP

Ces derniers mois, à mesure que les crises se sont intensifiées au Venezuela puis, récemment, en Iran, la question de la réaction de la Chine face à la menace que subissent ses « alliés », s’ils le sont réellement, revient avec insistance dans de nombreux cercles politiques, d’observateurs et d’analystes du monde entier, ainsi que de ceux des pays du Sud.

Ce questionnement s’appuie sur des perceptions, parfois fondées, parfois exagérées; d’une part, l’idée que les interventions américaines contre Caracas et Téhéran s’inscriraient dans une stratégie plus large visant à fragiliser Pékin et éventuellement l’affronter ; d’autre part, la conviction que l’importance énergétique – la part de l’Iran comme fournisseur de pétrole à la Chine étant exagérée – ou géopolitique de ces pays pour la Chine devrait entraîner, de manière mécanique, une forme de protection active. Dès lors, si ces régimes sont attaqués, déstabilisés ou menacés, Pékin ne devrait-il pas faire davantage que de publier des condamnations diplomatiques ?

Il ne s’agit pas ici d’appeler à une intervention chinoise, ni d’imaginer l’Armée populaire de libération voler au secours de quiconque. Il s’agit plutôt d’examiner une réalité plus inconfortable des relations bilatérales de la Chine avec ses partenaires: le renforcement des relations diplomatiques bilatérales – Partenariat stratégique global de coordination pour une nouvelle ère, Partenariat stratégique de coopération à toute épreuve, Partenariat stratégique global de coopération, Partenariat stratégique de coopération, etc. – ne se traduit pas automatiquement par une alliance politico-sécuritaire qui obligerait Pékin à intervenir pour sauver qui que ce soit.

Sur le papier, la terminologie impressionne. Dans les faits, elle reste souvent floue. Ces requalifications diplomatiques, généralement initiées par Pékin, sont-elles accompagnées d’engagements substantiels ? Font-elles l’objet d’une négociation sur leur contenu ? Ou bien relèvent-elles d’un langage codifié dont la portée stratégique demeure limitée pour les pays récipiendaires de cette « faveur » de Pékin ?

Ces relations, labellisées comme des partenariats stratégiques, le sont-elles réellement? Impliquent-elles désormais un accès privilégié au marché chinois ? Des financements concessionnels ? Des transferts technologiques ? Une coopération sécuritaire renforcée ? Des garanties politiques en cas de coercition extérieure ? Ou se limitent-elles, à un soutien diplomatique dans les instances internationales et à la dénonciation des interventions illégales ?

Pendant longtemps, de nombreux pays du Sud ont certainement dû associer la montée en gamme diplomatique avec Pékin à un accès facilité aux financements et aux grands projets d’infrastructure. Après tout, pendant des années, c’était bien la caractéristique principale de l’engagement chinois dans ces pays-là. Or, la réalité est aujourd’hui moins évidente : les flux financiers se sont nettement contractés et la relation entre Pékin et ses pays ne se réduit plus à l’argent.

Alors de quoi s’agit-il?! 

Sans pour autant y répondre, il est fort possible que ces attentes reposent sur un malentendu. Le malentendu, parce que c’est bien de ça qu’il s’agit finalement, tient peut-être à une lecture erronée de la diplomatie chinoise et de ses priorités. Certains observateurs, analystes et peut-être des gouvernements interprètent ces partenariats à travers un prisme hérité des alliances occidentales de l’après-guerre, où la montée en statut s’accompagne d’engagements sécuritaires explicites ou implicites.  Ils supposent également que la forte présence d’intérêts économiques chinois crée, par extension, une obligation de protection ou d’intervention directe. 

Or, la diplomatie chinoise repose sur un principe constant de non-ingérence — non-interventionniste par essence — et sur une hiérarchie stricte de ses priorités stratégiques. Et au cœur de ses priorités stratégiques, l’intégrité territoriale de la Chine – Taïwan, la mer de Chine méridionale, Hong Kong ou le Tibet – et ce, bien au-dessus des partenariats bilatéraux, fussent-ils qualifiés de « stratégiques » ou de « globaux »… la Russie pourrait être l’exception. 

Dans un contexte international à nouveau brutal, lorsque des États fragiles perçus comme alliés, “amis”, proches ou “alignés” sur la Chine sont soumis à des pressions extérieures, la posture de Pékin est scrutée avec attention. Si la réponse se limite à des déclarations de principe, la question de la valeur et de l’utilité de ses relations bilatérales, qualifiées de stratégiques et globales par Pékin, continuera de se poser avec acuité.

Le défi pour ceux qui s’identifient comme alliés de Pékin n’est donc pas d’exiger de la Chine qu’elle modifie sa doctrine diplomatique ou sécuritaire, mais de comprendre avec lucidité la nature réelle de son engagement. 

Pour la Chine elle-même, toutefois, un autre problème se pose; la crédibilité internationale d’une puissance ne repose pas uniquement sur son poids économique, mais aussi sur sa capacité ou sa volonté d’assumer un certain degré de responsabilité envers ceux qui se revendiquent de son orbite.

Dans un avenir lointain, dans la perspective d’une éventuelle confrontation sino-américaine, que personne ne souhaite, la Chine saura-t-elle compter sur le soutien actif de ses « alliés », ou s’apprête-t-elle à tenir seule face à ce qui pourrait bien être une coalition ? 

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