Au Nigeria, une variété de riz développée par une entreprise chinoise intéresse les agriculteurs nigérians. Baptisée GAWAL R1, cette semence aurait permis à certains agriculteurs de tripler leurs rendements, en faisant passer la production d’environ deux tonnes par hectare à plus de six tonnes. Résistante aux maladies et adaptée à divers terrains, elle apporte une réponse concrète aux faibles rendements qui fragilisent la sécurité alimentaire du pays.
L’entreprise chinoise Green Agriculture West Africa Limited inscrit son activité au Nigéria dans un vaste projet agricole. Elle associe la recherche agricole, des fermes de démonstration, la formation des cultivateurs et l’introduction de nouvelles techniques et de nouvelles machines. Le modèle repose ainsi sur une combinaison de transfert technologique, d’assistance pratique et d’investissement commercial. Son ambition est de faire évoluer une agriculture largement vivrière vers une production plus mécanisée, plus productive et plus rentable.
Le choix du Nigeria n’est pas anodin. Avec sa population considérable, son vaste marché alimentaire et son influence régionale, le pays constitue une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest. Une amélioration durable de la production locale pourrait réduire les importations de riz, accroître les revenus ruraux et renforcer la résilience alimentaire. Pour la Chine, elle permet également de développer de nouveaux marchés pour ses semences, ses équipements et ses services agricoles.
Cette coopération constitue aussi un instrument efficace de diplomatie d’influence. Contrairement aux grands projets d’infrastructure, souvent éloignés du quotidien, une semence plus productive produit des bénéfices immédiatement perceptibles dans les exploitations et les foyers. Pékin consolide ainsi son image par des solutions pratiques. Lors du dernier FOCAC 2024 à Pékin, la Chine avait pris des engagements dans le secteur agricole africain. Ce type de projet s’inscrit dans ce contexte là.
Le succès apparent de GAWAL R1 ne doit cependant pas occulter les risques. Si les capacités locales de recherche, de multiplication et de distribution des semences ne progressent pas, le Nigeria pourrait remplacer une dépendance alimentaire par une dépendance technologique envers des fournisseurs étrangers. L’enjeu central sera donc de savoir si cette coopération favorise réellement l’autonomie agricole nigériane.
L’expérience montre finalement que la compétition d’influence en Afrique ne se joue plus seulement autour des mines, des ports ou des chemins de fer. Elle s’étend désormais aux champs, où la productivité agricole devient à la fois un enjeu de développement, un marché et un levier géopolitique. Ceci devient encore bien plus important dans un contexte où l’aide au développement des pays occidentaux en Afrique s’est réduite.





