Personne n’a davantage contribué à jeter les bases de la domination croissante de la Chine dans le secteur minier en Afrique que les entreprises privées occidentales. Depuis des années, les responsables politiques à Washington, Bruxelles, Londres et ailleurs ne cessent de se plaindre de la domination chinoise sur les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques.
En Afrique, l’ascension de la Chine est expliquée par un ensemble d’accusations classiques et connues : des accords corrompus, des montages financiers piégeant les gouvernements africains, ainsi qu’une gouvernance défaillante ou une instabilité dont Pékin serait accusé de tirer profit.
Ils ont rarement remis en question la responsabilité de leurs entreprises privées opérant en Afrique. Car soyons honnêtes, la position actuelle de la Chine en Afrique est en grande partie due au fait que des entreprises occidentales ont cédé leurs actifs miniers, parfois importants, à des entreprises chinoises.
S’il faut en douter, jetez un œil à la République démocratique du Congo.Entre 2016 et 2020, l’américain Freeport-McMoRan a cédé ses participations dans les projets Tenke Fungurume et Kisanfu à China Molybdenum, aujourd’hui CMOC. Ces transactions ont permis à CMOC de prendre le contrôle de certains des plus grands projets mondiaux de cobalt et de cuivre.
Quelques années auparavant, la société canadienne Anvil Mining avait vendu son projet cuprifère de Kinsevere à China Minmetals, une société minière publique chinoise. Sans oublier la joint-venture entre le Canadien Ivanhoe et Zijin Mining à Kamoa-Kakula, le plus grand projet cuprifère d’Afrique et le 9e plus grand au monde.
On pourrait considérer ces exemples comme des cas fortuits, des transactions isolées ou la RDC comme un cas particulier. Mais en y regardant de plus près, à travers le continent, on se rend compte que c’est davantage la règle que l’exception.
Au cours des 15 dernières années, près de trois dizaines d’actifs miniers sont passés des mains d’entreprises occidentales à celles d’acheteurs chinois.
Les actifs de cuivre, de zinc, de lithium, d’uranium, de cobalt et de terres rares sont tous passés des mains occidentales à celles chinoises, alors même que les minéraux critiques et la domination de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement faisaient l’objet d’un débat géopolitique dans les capitales occidentales.
Prenons l’exemple du lithium. Au Zimbabwe, en 2022, la société Prospect Lithium, cotée en bourse en Australie, a vendu son projet de lithium Arcadia à Zhejiang Huayou Cobalt, c’est sans compter le cas de Bikita avec Sinomines; en 2024, la société australienne Leo Lithium a vendu son projet de lithium de Goulamina à Ganfeng au Mali ; en 2024, la société canadienne Dundee Precious Metals a vendu sa fonderie de Tsumeb à Sinomines ; et en 2025, la société australienne Peak Resources, qui exploite le projet de terres rares de Ngualla en Tanzanie, a été rachetée par Shenghe Resources.
Cette tendance s’observe dans tous les secteurs miniers, même en dehors de la « bulle » des minéraux critiques. Dans cette catégorie, ce sont les actifs aurifères qui ont été les plus vendus.
En 2021, Shandong Gold a racheté le projet Cardinal Nandimi, basé au Ghana et détenu par une société australienne ; en 2022, la société canadienne cotée en bourse Golden Star Resources a vendu sa participation de 62 % dans Wassa Gold, au Ghana, à Chifeng Jilong Gold ; en 2024, l’américaine Newmont a cédé son actif aurifère d’Akyem à la société chinoise Zijin ; et enfin, plus récemment, sans l’intervention du régulateur chinois, la société chinoise Zijin aurait racheté la société canadienne Allied Gold, qui opère des mines d’or au Mali et en Éthiopie.
Vous voyez où je veux en venir.
Même en 2026, alors que les régulateurs occidentaux se sont montrés plus prudents face aux acquisitions chinoises d’ actifs miniers stratégiques, les transactions continuent de se multiplier.
Imaginez ma surprise, par exemple, lorsque le Comité australien d’examen des investissements étrangers (FIRB) a donné son feu vert à l’acquisition, pour environ 210 millions de dollars, par Zhejiang Huayou, du projet de lithium « Atlantic Lithium Ewoyaa » de la société australienne au Ghana. Dans son avis d’approbation, le FIRB a déclaré que « le gouvernement du Commonwealth d’Australie n’a aucune objection à cette opération ».
Sous réserve de l’approbation des autorités ghanéennes, de la Cour suprême australienne et de l’autorité de régulation de la CEDEAO, la transaction devrait être finalisée d’ici la fin de l’année.
D’après mes propres calculs, entre 2011 et 2026, 29 accords miniers portant sur tous les types de minerais – dont 24 concernaient des minerais critiques – ont été conclus entre des sociétés basées ou cotées en Occident et des entités chinoises, pour un montant colossal de 14,8 milliards de dollars.
Et c’est là la réalité et la complexité de la présence croissante de la Chine dans le secteur minier en Afrique, que beaucoup ne sont pas prêts à reconnaître.
Sur un marché capitaliste des matières premières impitoyable et fluctuant, des entreprises occidentales, motivées par le profit et parfois en difficulté financière, ont trouvé des acheteurs chinois disposés, disposant de liquidités importantes et tolérants au risque, pour les sauver.





