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Maroc: Comment la Chine profite du « friend-shoring » américain

Maroc: Comment la Chine profite friend-shoring américain
Illustration du "friend-shoring" créée à partir d'une intelligence artificielle.

Le 29 novembre 2023, le groupe canadien SRG Mining a annoncé la signature d’un accord et le chinois Carbon-ONE New Energy Group. Cet accord fait signe un précédent accord signé en juillet 2023 où C-One prévoyait d’acquérir 19.4% des parts de SRG à travers un investissement de US$ 12.7 millions.

L’accord signé hier prévoit l’installation d’une usine de production d’anodes à base de graphite pour les batteries des voitures électriques au Maroc, et confirme l’investissement de US$12.7 million de Carbon-ONE dans SRG qui, toujours étant listé sur la Toronto Stock Exchange, accepte de se délocaliser en dehors du Canada. L’objectif de la manoeuvre est d’éviter de soumettre l’accord à l’autorisation du gouvernement canadien en vertu de la loi sur l’investissement au Canada.

Le choix du Maroc s’explique notamment par sa proximité géographique avec l’Europe et économique avec les Etats-Unis avec lesquels le royaume a signé des accords de libre-échange. Un avantage qui permet au Maroc d’attirer de plus en plus de joint-ventures internationales entre sociétés chinoises et occidentales dans le secteur des minerais critiques et de la transition énergétique.

En octobre dernier, c’est le groupe coréen LG Chem et le chinois Yoshan – filiale de Zhejiang Huayou Cobalt – qui annonçaient un partenariat pour la construction d’une usine de cathodes de lithium-phosphate-fer (LFP), qui devrait entrer en production d’ici 2026 et produirait jusqu’à 50.000 tonnes de cathodes LFP.

Au delà de l’attractivité son économie et de sa proximité avec l’Europe, le Maroc est le bénéficiaire collatéral d’une stratégie chinoise qui vise à contourner les différentes mesures et restrictions occidentales dans le secteur des énergies vertes.

Dans leur tentative de réduire leur dépendance à la Chine en matière d’approvisionnement des minerais et produits liés à la transition énergétique, les gouvernements américains et des pays alliés ont pris une série de mesures et ont renforcé leurs legislations en la matière, afin de favoriser le développement d’une chaine d’approvisionnement alternative et réduire leur vulnérabilité à la Chine.

En août 2022, les Etats-Unis ont adopté le Inflation Reduction Act (IRA), qui devrait entre autre, permettre aux Etats-Unis de developper une chaine d’approvisionnement moins dépendante de la Chine et de ses entreprises dans le secteur des énergies vertes et notamment des véhicules électriques. La loi contient une série de mesures visant à délocaliser une grande partie de cette chaîne d’approvisionnement à l’intérieur des frontières américaines.

Le succès de IRA dépend entre autre de « friend-shoring » où les Etats-Unis comptent sur les minerais exploités et une chaine d’approvisionnement développée dans les pays amis et ceux ayant un traité de libre-échange avec les Etats-Unis.

Au delà de ces mesures et initiatives gouvernementales, leur succès dépend très largement de la capacité des responsables politiques et de la volonté du secteur privé américain et celui des pays alliés à s’aligner derrière les considérations géopolitiques de leurs gouvernements respectifs.

Cependant, jusqu’à présent c’est le contraire qui est constaté. la multiplication des partenariats entre entreprises privés et d’Etat chinoises et des entreprises occidentales et des pays amis/alliés révèle la réticence des entreprises privées occidentales à s’aligner derrière leurs gouvernements.

En Corée du Sud, alliés des Etats-Unis, les entreprises chinoises y investissent des milliards de dollars dans le raffinement des minerais de lithium. Les entreprises chinois et coréennes multiplient des joint-ventures dans le traitement du lithium et la fabrication des batteries électriques.

Le cas du canadien SRG Mining est davantage révélateur de cette réticence du secteur privé. L’entreprise accepte de délocaliser son siège du Canada afin d’éviter d’être soumis à une approbation du gouvernement canadien. Étant domicilié au Canada, elle courrait le risque d’une opposition du gouvernement canadien pour des raisons de sécurité nationale. En novembre 2022, Ottawa avait ordonné « la cession de trois investissements chinois dans des sociétés minières canadiennes en vertu des dispositions relatives à l’examen de la sécurité nationale de la Loi sur Investissement Canada« .

Le fait que la SGR soit prête à se délocaliser pour s’assurer un partenariat avec une entité chinoise révèle à quel point le secteur privé est en porte-à-faux avec le gouvernement.

La même tendance est observée en amont de la chaine d’approvisionnement où entreprises chinoises et occidentales s’associent dans l’exploration et l’exploitation des minerais critiques. C’est le cas notamment en Afrique où Australiens et Chinois sont main dans la main dans plusieurs projets de lithium.

Et il faut noter que le Canada, l’Australie et la Corée du Sud sont tous membres de la Mineral Security Partnership, l’initiative américaine lancée en juin 2022 et qui vise à « catalyser les investissements publics et privés dans des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques de manière responsable à l’échelle mondiale. »

À travers ces partenariats, la Chine et ses entreprises parviennent à contourner les mesures américaines et à les utiliser à leur avantage. Les plus grands gagnants seront certainement des pays comme le Maroc qui avec un tissu industriel solide, une situation politique et économique stable, une proximité géographique avec l’Europe et des accords de libre-échange avec européens et américains continueront certainement à attirer davantage d’investissements dans le secteur de la transition énergétique.

Le Maroc se retrouve donc être le bénéficiaire collatéral d’une stratégie de contournement de la Chine et de ses entreprises dans leur rivalité avec les occidentaux.

Au delà de la capacité des capitales occidentales à convaincre les entreprises privées à s’aligner à leurs priorités géopolitiques, c’est la viabilité même de la stratégie du « decoupling from China » – tenant compte de l’importance de la Chine dans la chaîne d’approvisionnement et de la volonté du secteur privé à collaborer avec elle – qui est remise en question.

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