Abonnez-vous à notre bulletin d'information bi-hebdomadaire gratuit sur la Chine-Afrique.

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Suivez PAC sur les réseaux sociaux

Ecouter le Podcast PAC

Il est peut-être temps pour la Chine de faire attention à sa réputation

Chine-Afrique: L'atout politique de l'Afrique
Le président chinois Xi Jinping (devant C) marche avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa (devant G), le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi (rangée centrale 2e G), le président togolais Faure Gnassingbe (rangée centrale G) et d'autres dirigeants africains après une séance de photo de groupe lors du Forum sur la coopération sino-africaine à Pékin, le 3 septembre 2018. HOW HWEE YOUNG / POOL / AFP

À force de s’adapter, elle a fini par devenir la cible, avec raison, des critiques occidentales et africaines à cause de ses pratiques en Afrique. Le temps serait-il finalement venu pour la Chine de prêter un peu plus attention à son image en Afrique? 

Au fil du temps, les experts et les observateurs en sont venus à la conclusion que la Chine et ses entreprises étaient à l’abri d’une atteinte à leur réputation dans le cadre de leurs activités dans les pays du Sud.

Des dizaines de rapports d’ONG et de médias, locaux et internationaux, n’ont pas entamé les activités chinoises en Afrique et dans le reste du Sud. Les accusations de corruption, de violations des droits de l’homme et de dommages environnementaux n’ont pas changé d’un iota.

Fidèle à sa politique de non-ingérence, la Chine a veillé à ne pas critiquer, du moins publiquement, les pratiques et la gouvernance des pays hôtes. Elle a plutôt adopté une « voie pragmatique » en choisissant de « s’adapter » aux réalités du terrain.

Une adaptation qui l’a rendue complice et facilitatrice de tout un éventail de pratiques de gouvernance douteuses et qui a fait l’objet de critiques de la part de l’Occident qui, des années auparavant, avait décidé de se retirer de l’Afrique en raison de cet environnement et de son incapacité ou de son manque de volonté à « s’adapter ». La guerre froide était terminée, il n’était pas nécessaire de fermer les yeux sur la mauvaise gouvernance au nom de la RealPolitik.

L’adaptation de la Chine s’est traduite par des avantages indéniables à long terme – la domination de la chaîne d’approvisionnement des minerais critiques et du secteur de la construction en Afrique, le fait de devenir le premier partenaire commercial d’un grand nombre de pays du Sud, la loyauté et le soutien quasi automatique de l’Afrique sur la scène internationale – mais aussi par des inconvénients – une réputation ternie, des critiques justifiées et injustifiées.

Et pendant longtemps, la Chine a semblé être imperméables à ces critiques tant que les avantages l’emportaient sur les inconvénients. De plus, qui, en Occident, aurait eu ou a la légitimité de critiquer le comportement de la Chine dans les pays du Sud ou en Afrique qui fait encore piètre figure comparé aux conséquences historiques et présentes de plusieurs années de colonisation  et d’un système international orienté essentiellement sur les intérêts des pays du Nord?

Avec le temps qui passe et les changements qui interviennent dans le système international, le moment est peut-être venu pour la Chine de réévaluer sa position et de commencer à se soucier un peu plus de sa réputation.

On aurait pu croire que des années de financement d’infrastructures et d’investissements dans l’industrie minière – stimulant le PIB et la production minière des pays – lui auraient valu la sympathie des populations africaines, mais c’est tout le contraire qui semble s’être produit.

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un coup d’œil aux différents sondages réalisés sur la Chine et l’Occident en Afrique au cours des deux dernières années. Bien que la Chine ait été largement perçue comme ayant un impact positif sur le développement de l’Afrique, les gens restent sceptiques quant à son modèle social en Afrique

Appréciant les investissements économiques de la Chine, les populations préfèrent cependant la gouvernance, les valeurs (certaines et pas toutes)  et la culture du travail du monde occidental.

Son “adaptation » l’a obligée à travailler avec des gouvernements qui ne sont toujours les grands adeptes de la bonne gouvernance et qui affectionnent les raccourcis et préfèrent signer des accords complexes et opaques leur permettant de gagner de l’argent les investissements chinois. Dans de nombreux pays, c’était ou c’est toujours le prix à payer pour faire des affaires. Quand on est à Rome, on fait comme les Romains.

Mais à un moment où la Chine cherche à s’imposer comme le « leader” des pays du Sud, remettant en question la démocratie libérale et d’autres narratifs venus de l’occident que nous avons pendant longtemps tenu pour vrais, la Chine ne saurait continuer à faire-fi des critiques qui lui sont adressées, en particulier de la part des pays du Sud.

Si la Chine veut être perçue comme une alternative viable, elle ne peut pas prétendre être une véritable alternative à ces schémas tout en fermant les yeux sur les diverses questions soulevées par ses investissements et son engagement en Afrique.

Au nom de l’adaption elle ne saurait plus fermer les yeux, cautionner et dans certains cas encourager des pratiques de corruption qui enrichissent les élites politiques africaines tout en en appauvrissant les populations.  

Comment pourrait-elle prétendre à un leadership qui ne crée pas les conditions d’un enrichissement des populations. Il est indéniable que ses investissements ont boosté les économies africaines, mais il est aussi vrai qu’en choisissant de rester silencieuse sur certaines pratiques, dont ses entreprises sont victimes, elle contribue à renforcer un problème systémique de gouvernance plus grand. 

Comment pourrait-elle être un partenaire crédible dans la transition énergetique de plusieurs pays africains dont elle domine le secteur minier, si ses entreprises ne mettent pas en pratique les standards et normes environnementales internationales, qu’elles appliquent déjà chez en Chine? 

Les obstacles structurels que ses entreprises mettent en avant pour justifier leur incapacité à répondre à la demande des pays producteurs trouvent notamment leurs solutions dans une gouvernance transparente et efficace du secteur minier. 

Un problème systémique qui impacte aussi ses investissements sur le continent. En continuant à faire affaire dans des pays corrompus, sans, même en privé, militer ardemment pour plus de bonne gouvernance, elle s’handicape elle-même et se place en situation de fragilité. Et comme elle l’a dû s’en rendre compte en RDC, « There is no honor among thief ». 

Il est peut-être temps qu’elle comprenne qu’elle sera certainement la première bénéficiaire d’une bonne gouvernance transparente sur le continent. Et ce n’est pas comme si elle est incapable de réussir dans ce type d’environnement. Il suffit de jeter un oeil à ses investissements en occident (démocraties libérales) ou à ses marchés gagnés dans les appels d’offre de la Banque Mondiale en Afrique pour se rendre compte du contraire. 

En devenant un acteur pour la bonne gouvernance – et non de la démocratie libérale en Afrique – tout en maintenant le narratif de réforme qu’elle porte aujourd’hui, elle gagnera très certainement en aura et la sympathie des peuples africains. 

Sa crainte serait certainement de gagner la sympathie des peuples tout en perdant celle des élites dirigeantes qui décident et qui jusqu’à présent parviennent à mater ces peuples…parfois avec la bénédiction tacite des « grandes démocraties ». 

Alors pourquoi ferait-elle d’idéalisme dans un système où la Real Politik semble être la norme…même parmi les donneurs de leçon. Ça c’est un débat pour un autre jour. 

C’est quoi le Projet Afrique Chine

Indépendant

Le Projet Afrique-Chine est fondamentalement independent, non-partisan et ne fait la promotion d’aucun pays, compagnie ou culture.

Actualité

Une sélection minutieuse des articles les plus importants de la journée sur la Chine et l’Afrique. Mise à jour 24 heures sur 24 par des rédacteurs humains. Pas de robots, pas d’algorithmes

Analyses

Des points de vue divers, souvent non conventionnels, d’universitaires, d’analystes, de journalistes et de diverses parties prenantes du débat Chine-Afrique.

Réseau

Un réseau de professionnels unique, composé de chercheurs, d’analystes, de journalistes et d’autres acteurs de la Chine et de l’Afrique du monde entier.