Ceci est un résumé d’une interview menée par Obert Bore, Editeur Minerais critiques au China-Global South Project, auprès de Putra Adhiguna, directeur général du cabinet Energy Shift à Jakarta et spécialiste du secteur indonésien des ressources critiques. Obert et Putra discutent des leçons que le Zimbabwe peut apprendre de l’expérience l’Indonésie, avec la Chine, en matière de minerais critiques et de construction d’une chaine de valeur locale des dits minerais.
Face à l’exportation massive de nickel brut vers la Chine, l’Indonésie a instauré en 2014–2015 une interdiction de vente du minerai non transformé, obligeant les investisseurs à financer des usines de traitement locales. Cette mesure a attiré d’importants capitaux chinois, multipliant par sept la production nationale, mais sans réussir à créer une véritable industrie de véhicules électriques domestique. Détenant près de 40 % des réserves mondiales de nickel, Jakarta a su exercer un fort pouvoir de négociation, appuyée par la dépendance continue de la Chine aux technologies de raffinage.
Putra Adhiguna souligne que ce modèle repose sur deux conditions : disposer d’une ressource stratégique et connaître les alternatives de l’acheteur. Il met en garde contre un transfert automatique à d’autres minerais ou pays dépourvus de ce “levier”. Il insiste aussi sur la nécessité d’une analyse coûts-avantages exhaustive, prenant en compte les incitations fiscales, les allègements environnementaux et les impacts sociaux.
Pour le Zimbabwe – premier pays africain à interdire les exportations de lithium brut en 2022 –, Putra Adhiguna recommande d’abord d’évaluer les dynamiques régionales et d’observer les pratiques des grands producteurs mondiaux. Ensuite, il conseille de scruter les exigences réglementaires des marchés finaux, notamment asiatiques et européens, qui imposeront bientôt des normes strictes sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Adhiguna rappelle qu’il faut rester réaliste quant aux promesses d’industrialisation. Dix ans après l’interdiction, l’Indonésie n’a pas vu naître d’usines de véhicules électriques malgré les annonces gouvernementales. Enfin, il préconise de maintenir des standards environnementaux et sociaux élevés, car la pression médiatique et les exigences des consommateurs vont s’intensifier. Selon lui, seuls les pays combinant attractivité pour les investisseurs et responsabilité accrue pourront garantir un développement minier durable et équitable.
Lire toute l’interview sur le site du China-Global South Project (en Anglais)





