L’appel de la Chine à une coopération des BRICS en matière de minerais critiques intervient dans un contexte où les politiques nationales de restriction et de contrôle des investissements miniers s’intensifient dans les pays producteurs du Sud. Les interdictions d’exportation, les quotas et les exigences de transformation locale – imposées même lorsque les conditions nécessaires ne sont pas réunies – sont devenus une réalité avec laquelle les entreprises chinoises doivent composer dans le cadre de leurs investissements à l’étranger.
À cela s’ajoutent les tensions géopolitiques avec les pays occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis, qui déploient diverses stratégies pour contrer la Chine dans ces pays. Lorsque c’est possible, des cadres de coopération et des partenariats sont établis, comme en République démocratique du Congo, visant non seulement à accorder un accès privilégié aux entreprises américaines, mais aussi à ralentir l’expansion des entreprises chinoises.
L’appel lancé par Wang Yi lors de cette réunion des BRICS s’inscrit dans la continuité d’une série de prises de position de Pékin sur la gouvernance des minerais critiques.
Lors du sommet du G20 en Afrique du Sud en novembre dernier, le Premier ministre chinois Li Qiang avait réitéré le soutien de la Chine au Groupe d’experts du Secrétaire général des Nations unies sur les minéraux essentiels à la transition énergétique – une initiative normative non contraignante destinée à corriger les déséquilibres que subissent les pays en développement riches en ressources tout au long de la chaîne de valeur.
Il avait également annoncé le lancement d’une Initiative internationale de coopération économique et commerciale sur l’exploitation minière et les minerais verts, à laquelle ont pris part le Cambodge, le Nigéria, la Birmanie et le Zimbabwe, aux côtés de l’ONUDI, et présentée comme un moyen de préserver les intérêts des pays en développement.
Dans ces prises de position, Pékin privilégie systématiquement une approche multilatérale qui encourage la coopération entre États.
Par contre, elle n’est pas prête à soutenir, toute forme d’initiative de gouvernance mondiale contraignante sur les minerais critiques. À la COP30 de Belém, en novembre 2025, la Chine s’est opposée à l’inclusion d’un libellé relatif aux minerais critiques dans le texte du Programme de travail sur la transition juste ; en décembre 2025, lors de la septième Assemblée des Nations unies pour l’environnement à Nairobi, elle a refusé de soutenir une démarche vers une gouvernance supranationale et contraignante. Malgré son appel au multilatéralisme sur cette question, la Chine ne souhaite pas voir adopter de réglementations supranationales contraignantes susceptibles de limiter sa capacité à mettre librement en œuvre ses politiques et stratégies en matière de minerais critiques, en particulier en cette période de tensions géopolitiques
L’objectif est plutôt de créer un cadre normatif qui guiderait et accompagnerait la coopération dans le secteur, en apportant davantage de visibilité, en dissipant les zones d’ombre que créent les politiques nationales de nationalisme des ressources et les tensions géopolitiques.
Lors du FOCAC 2024, Pékin lançait le même appel aux pays africains, celui de créer un cadre coopératif plus large, plus transparent et plus prévisible, qui permettrait d’investir tout au long de la chaîne tout en garantissant la stabilité de l’approvisionnement, et en sécurisant les investissements chinois dans ses différents segments en Afrique.
À travers ces prises de position et ces initiatives, Pékin cherche à trouver une solution à sa vulnérabilité au sein des chaînes d’approvisionnement qu’elle domine pourtant déjà. Rappelons que, à l’exception de quelques minerais dont elle maîtrise les deux extrémités de la chaîne, la domination chinoise se situe pour l’essentiel sur les segments intermédiaires et aval, ce qui signifie qu’elle demeure fortement dépendante des importations de matières premières. Or, c’est précisément ce segment-là – en amont – que menacent les tensions géopolitiques et les mesures de contrôle et de restriction imposées par les pays producteurs. En imposant interdictions ou quotas d’exportation, les pays producteurs du Sud mettent en péril la position chinoise dans la mesure où ils privent son industrie intermédiaire et aval de leur matière première.
En appelant à une coopération élargie – avec les BRICS, avec le G20, avec les pays africains – Pékin cherche à créer un espace et un cadre sécurisé pour ses investissements à l’étranger. Un cadre qui permettra davantage de prévisibilité et de visibilité pour ses investissements à l’étranger dans ce secteur.
Pour que ses appels soient entendus et que ses initiatives soient prises au sérieux, la Chine doit toutefois répondre aux demandes de valeur ajoutée formulées par les pays producteurs – des demandes qui ne sont pas près de disparaître.
C’est une réalité que Pékin a clairement intégrée, comme en témoignent ses déclarations lors du FOCAC 2024, où elle a réitéré sa volonté de soutenir les pays producteurs dans la transformation locale des minerais critiques.
À ce titre, des efforts sont visibles en Afrique, où des usines de sulfate de lithium sont en construction par des entreprises chinoises au Zimbabwe et en RDC. Mais, en même temps, les entreprises chinoises sont confrontées à une pression croissante de la part des gouvernements des pays hôtes.
Même si le discours officiel de la Chine met l’accent sur la coopération plutôt que sur la confrontation dans ces pays, elle se prépare également à prendre des mesures de rétorsion contre toute initiative susceptible de compromettre sa chaîne d’approvisionnement en minerais.Aussi se prépare-t-elle à riposter contre toute mesure qui mettrait en danger sa chaîne d’approvisionnement.
C’est là l’un des messages principaux de la nouvelle réglementation – le Règlement d’application de la loi sur les ressources minérales de la République populaire de Chine – publiée par le Conseil des affaires de l’État en mai 2026 et entrée en vigueur le 15 juin 2026.
Ce texte érige la chaîne d’approvisionnement minérale en enjeu de sécurité nationale et signale la disposition de Pékin à prendre des contre-mesures face à toute action hostile à ses intérêts. L’article 76 dispose : « Lorsqu’un pays, une région ou une organisation internationale prend — ou aide ou soutient la prise de — des mesures discriminatoires, prohibitives, restrictives ou similaires qui mettent en danger la sécurité des ressources minérales et des chaînes industrielles et d’approvisionnement connexes de la République populaire de Chine, les départements compétents du Conseil des affaires de l’État peuvent prendre les contre-mesures nécessaires en fonction des circonstances réelles. »
Par cette disposition, Pékin signale qu’elle est prête à défendre ce qu’elle considère comme ses intérêts légitimes. À défaut de coopération, la Chine est prête à se battre. Finalement, coopération et confrontation sont, au fond, les deux faces d’une même stratégie.






