La banque panafricaine Ecobank est en discussion avec Bank of China en vue de lancer, d’ici la fin de l’année, une solution de règlements commerciaux permettant des transactions directes entre monnaies locales africaines et yuan, sans conversion préalable en dollars. L’initiative reflète autant l’ambition de la Chine d’internationaliser le yuan que l’évolution des besoins de financement du commerce entre l’Afrique et la Chine, dans un contexte de diversification progressive des mécanismes de paiement transfrontaliers des pays africains.
Selon Ecobank, le projet vise à répondre aux besoins des entreprises africaines engagées dans les échanges avec la Chine, notamment en réduisant les coûts liés aux conversions successives de devises. Pour de nombreux opérateurs, ces mécanismes représentent un enjeu de compétitivité et de gestion des risques de change.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de recherche d’alternatives aux paiements en dollar sur le continent. Le Kenya a converti une partie de ses emprunts contractés auprès de la Chine en yuan, tandis que la Zambia utilise déjà la devise chinoise dans certaines opérations liées au secteur minier. De son côté, Standard Bank a intégré le système chinois de paiement transfrontalier CIPS, permettant des règlements adossés au yuan.
L’initiative intervient également alors que Pékin poursuit ses efforts d’internationalisation du yuan et cherche à approfondir ses relations économiques avec l’Afrique, notamment à travers l’extension annoncée du régime de zéro tarif à plusieurs pays africains.
Pour Ecobank, présente dans plus de 33 pays africains, le projet s’accompagne d’un renforcement annoncé de sa présence en Chine, dans l’objectif de mieux se positionner sur les flux commerciaux sino-africains.
Au-delà de son volet bancaire, cette évolution est observée de près dans les secteurs des matières premières, de l’énergie et des minerais critiques, où la question des monnaies de règlement prend une dimension croissante dans les échanges entre acteurs africains et chinois.
Il n’est pas certain que l’ambition ultime de la Chine soit de remplacer le dollar américain comme la monnaie principale des transactions internationales. Il s’agit plutôt de créer un contexte où plusieurs options sont possibles et donc de fragiliser l’omnipotence du dollar américain. Selon les données de SWIFT, le yuan s’est classé en mars à la 5e place parmi les devises utilisées pour les paiements internationaux, avec une part de 3,1 %, contre 2,74 % en février.




