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Accord minier RDC-Chine : signal, stratégie ou simple gesticulation ?

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Le ministre congolais des mines Louis Watum et son homologue chinois ministre des Ressources naturelles Zhi'ou lors de la signature du protocole d'accord de coopération. Photo via le compte X de Louis Watum

Le récent accord de coopération minière – un protocole d’accord (Memorandum of Understanding, MoU) pour être précis – entre la République démocratique du Congo et la Chine a suscité de nombreuses interrogations quant à l’agenda et à la stratégie de Kinshasa dans le secteur minier – en particulier dans le contexte de l’Accord de Partenariat Stratégique signé avec les États-Unis en décembre 2025. Cet accord a donné lieu à diverses interprétations dans les médias et chez les analystes, qui ont parlé d’approfondissement des relations minières sino-congolaises, de rééquilibrage des partenariats de la RDC avec la Chine, voire d’un signal de réouverture – même s’il n’y a jamais eu de rupture – de Kinshasa envers Pékin.

La RDC est-elle en train de jouer aux équilibristes entre Pékin et Washington, d’affirmer sa souveraineté en choisissant librement ses partenariats, ou simplement d’envoyer un signal aux États-Unis pour exprimer une certaine insatisfaction – où sont les grandes entreprises américaines promises ?

À ce stade, il est trop tôt pour trancher. L’économie politique du secteur minier en RDC et ses processus de décision sont fragmentés, opaques et façonnés par une multiplicité d’acteurs – la présidence, les entreprises publiques, les ministères, ainsi que des partenaires extérieurs – et de facteurs. Un MoU, surtout lorsqu’il est signé au niveau ministériel, ne doit pas être surinterprété et ne reflète que rarement l’ensemble des dynamiques à l’œuvre. En ce sens, cet accord peut être à la fois « quelque chose et rien ».

Cet accord est-il suffisamment important pour justifier l’attention médiatique, notamment en comparaison avec ce que Kinshasa a signé avec Washington ?

Pas vraiment. D’abord, il s’agit d’un protocole d’accord. Ensuite, dans son contenu et son architecture, il s’apparente davantage à un cadre de coopération qu’à un accord stratégique susceptible de modifier en profondeur la présence chinoise en RDC. Il porte sur le partage de données géologiques, la protection des investissements, la mise en place de mécanismes de suivi pour assurer la conformité des projets avec la législation congolaise, ainsi que la promotion de la transformation locale. Des dispositions utiles, mais loin de l’ampleur et du caractère exclusif des accords conclus avec Washington en décembre 2025.

Par ailleurs, les acteurs chinois devraient rester prudents vis-à-vis de Félix Tshisekedi, dont l’alignement avec Washington s’est renforcé, d’autant plus que les signaux envoyés par Kinshasa restent ambigus.

D’un côté, le rejet d’une offre estimée à 1,4 milliard de dollars de Norin Mining au profit d’un accord beaucoup plus modeste – 30 millions de dollars – avec Virtus Minerals a renforcé à Pékin l’idée que les considérations politiques priment désormais sur la logique commerciale en RDC. De l’autre, Kinshasa a autorisé Zijin Mining à poursuivre son projet de lithium à Manono – alors même que le différend avec AVZ demeure en cours – ce qui n’aurait probablement pas été le cas en cas de réalignement géopolitique clair avec Washington.

L’ouverture de Kinshasa à Washington n’a jamais été neutre vis-à-vis de la Chine. Elle relève d’une stratégie visant à tirer parti de la rivalité entre grandes puissances – en échangeant un accès privilégié à des actifs stratégiques contre un soutien politique et sécuritaire, notamment face au Rwanda. Les dispositions des accords récents entre la RDC et les États-Unis, en particulier en matière d’accès préférentiel et d’éligibilité des projets, sont difficilement compatibles avec une expansion significative des activités chinoises.

Dans ce contexte, du point de vue de Pékin, cela peut constituer un désincitatif structurel. Pourquoi investir dans des coopérations géologiques coûteuses si les données et les actifs générés peuvent, à terme, bénéficier à des entreprises américaines dans le cadre de dispositifs exclusifs ?

Ces signaux contradictoires ne sont pas de nature à encourager la formation d’anticipations solides et durables du côté chinois.

Pourquoi la Chine signerait-elle malgré tout cet accord ?

Officiellement, rien ne s’y oppose. La RDC n’a jamais remis en cause la présence chinoise dans son secteur minier, et l’engagement chinois reste ouvert, sans barrières formelles. Il s’agit d’un MoU qui pourrait s’avérer utile à l’avenir. Et même en l’absence de résultats concrets, aucune des deux parties n’a véritablement à perdre.

Quel signal cela envoie-t-il à Washington ?

Il est encore difficile de le dire. Une chose est sûre toutefois : la signature de cet accord a attiré l’attention à Washington, où l’on observera de près les développements à venir – d’autant plus que Zijin Mining s’apprête à lancer l’un des plus grands projets de lithium au monde.

Cela dit, il est peu probable que cela suscite une réelle inquiétude. La dimension sécuritaire du partenariat RDC–États-Unis est déterminante. La dépendance actuelle de Kinshasa au soutien diplomatique et politique américain, notamment dans un contexte de tensions avec le Rwanda, limite fortement sa marge de manœuvre. Pékin ne peut offrir des garanties sécuritaires équivalentes, et cette asymétrie est pleinement intégrée par les deux parties.

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