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Point sur l’état des relations sino-congolaises: Interview

Point sur les relations sino-congolaises

En 2021, les relations sino-congolaises ont été quelque peu secouées. Deux investissements majeurs chinois dans le secteur minier en R.D. Congo ont été remis en question et ont fait l’objet de plusieurs enquêtes par les ONG et autorités congolaises.

L’effectivité du projet Sicomines a été critiquée. Les autorités congolaises ont accusé la partie chinoise d’avoir failli à ses obligations contractuelles dans son volet infrastructure.

De son côté le projet Tenke Fungurume Mining (TFM) est au centre d’une dispute entre de China Molybdenum et son partenaire, la société d’État, la Gécamines. La dispute a pris une tournure pour le pire lorsque les dirigeants de la Gécamines ont évoqué en fin juin la possibilité d’une dissolution du partenariat

Derrière ses déconvenues chinoises, il a plusieurs fois été évoqué l’influence américaine derrière le président Tshisekedi qui depuis sa prise de fonction n’a pas encore visité la Chine. 

Pour comprendre l’état des relations sino-congolaises, nous avons brièvement échangé avec l’Ambassadeur de Chine en R.D. Congo, Zhu Jing, qui a accepté de répondre à nos quelques questions.

CHRISTIAN-GERAUD NEEMA : Monsieur l’Ambassadeur, quel est aujourd’hui l’état de santé des relations sino-congolaises ? Se sont-elles davantage améliorées avec la venue du président Tshisekedi qui, depuis son entrée en fonction, n’a pas encore visité la Chine qui est pourtant le principal partenaire bilatéral de la RDC. Dans quel secteur la R.D.Congo pourrait-elle s’attendre à voir plus d’engagement de la Chine dans les prochaines années ?

AMBASSADEUR ZHU JING : Les relations sino-congolaises sont au beau fixe. Depuis l’entrée en fonction du Président Félix Tshisekedi, les échanges de haut niveau entre la Chine et la RDC se sont intensifiés avec la consolidation de la confiance politique mutuelle, malgré les difficultés causées par la pandémie Covid-19. 

Le Président Tshisekedi est bienvenu en Chine. Nous attendons la fin du Covid-19 pour que cette visite puisse avoir lieu, ainsi que d’autres visites de haut niveau.  

Sur le plan de la coopération, elle s’avère toujours très dynamique. Sous les circonstances d’aujourd’hui, la RDC est montée au rang du 5ème partenaire commercial et 3ème destination d’investissement de la Chine en Afrique. 

Avec l’adhésion, au début 2021, de la RDC à l’initiative de la « Nouvelle route de la soie », la coopération sino-congolaise fait partie désormais d’une grande famille de partenariat international, et bénéficie de plus d’opportunités dans les domaines comme l’infrastructure, l’industrie manufacturière, le numérique, le commerce et les mines. 

La Chine est ouverte à mener des coopérations avec les Etats-Unis en Afrique et en RDC, tout en respectant la souveraineté et le désir des pays africains et congolais. Les opportunités ne manquent pas, que ce soit dans le cadre trilatéral ou multilatéral, sur le plan des infrastructures, de l’énergie propre, de la santé etc., à condition que les Américains sortent de leur mentalité obsolète de la guerre froide.  

C.GERAUD NEEMA : En 2021, vous aviez eu des échanges animés sur Twitter avec un ancien diplomate américain qui critiquait la présence chinoise en R.D.Congo, craigniez-vous qu’il y ait eu une volonté manifeste de faire de la RDC un champ de bataille d’une rivalité géopolitique sino-américaine ou sino-occidentale ? Et les relations sino-américaines en Afrique (en RDC en particulier) sont-elles condamnées à être antagonistes ou il existe des domaines dans lesquelles la coopération est possible voire souhaitable pour accompagner le processus de développement de la RDC ? 

AMBASSADEUR ZHU : La RDC est un pays souverain qui a le droit de choisir son partenaire selon ses propres intérêts, sans ingérence ni coercition venant de l’extérieur.

Pour la Chine, l’Afrique et la RDC en particulier ne doit jamais être un champ de bataille des grandes puissances, que ce soit géopolitique ou économique. Ce n’est ni conforme au désir de nos amis africains, ni dans l’intérêt de la communauté internationale. Il faut donc dire clairement non à toute tentative de créer affrontement sur le continent africain et de forcer les pays africains à choisir le camp. 

Aucun pays n’a le monopole de la coopération avec l’Afrique. Pourtant, l’Afrique, l’un des continents les plus dynamiques du monde, peut tout à fait devenir le terrain de coopération où les partenaires internationaux mettent en synergie leur point fort pour mieux accompagner les pays africains dans le développement. C’est pour ça que la Chine a créé avec des pays occidentaux des partenariats aux marchés tiers qui commencent déjà à porter ses fruits.  

Si la Chine est aujourd’hui bien présente en RDC, c’est parce que le partenariat Chine-RDC apporte du bien-être concret à la RDC, et que la Chine n’a jamais abandonné la RDC. Malheureusement, comme le regrette un proverbe Bakongo, “on jette des pierres dans l’arbre s’il porte des fruits.”

Dans ce cas-là, c’est le lanceur de pierre qui doit s’arrêter et pas l’arbre. Au lieu de critiquer les autres, il vaut mieux faire bien son propre travail, par des résultats concrets, non par des promesses en l’air. 

La Chine est ouverte à mener des coopérations avec les Etats-Unis en Afrique et en RDC, tout en respectant la souveraineté et le désir des pays africains et congolais. Les opportunités ne manquent pas, que ce soit dans le cadre trilatéral ou multilatéral, sur le plan des infrastructures, de l’énergie propre, de la santé etc., à condition que les Américains sortent de leur mentalité obsolète de la guerre froide.  

C.GERAUD NEEMA : L’année 2021 a été quelque peu chahutée pour les investissements miniers chinois en RDC. Une enquête a été ouverte sur le projet Sicomines, et une commission de révision mise en place sur le projet TFM. Craignez-vous aujourd’hui que les investissements miniers chinois soient en danger ou remis en question ?

AMBASSADEUR ZHU : La coopération dans le secteur minier est l’un des piliers du partenariat stratégique sino-congolais. Il s’agit d’une coopération gagnant-gagnant grâce à laquelle la RDC a connu un redressement spectaculaire de son industrie minière et redevenue le premier producteur de cuivre en Afrique, sans parler du transfert d’équipements sophistiqués et du savoir-faire chinois, et la création de plus de 100,000 emplois locaux. 

En 2021, les exportations congolaises à destination de la Chine ont apporté à la partie congolaise 8,8 milliards de dollars US en excédent commercial. Les nouveaux investissements des entreprises chinoises en RDC se sont élevés à plus de 300 millions de dollars américains, dont la majorité allant dans le secteur minier.  

Comme rien n’est parfait dans le monde, on ne doit pas se contenter de maintenir le statu quo. Il est nécessaire de continuer, consolider et optimiser cette coopération, pour que la partie congolaise en profite davantage. C’est cela qui est le consensus entre la Chine et la RDC.

Le projet Sicomines est un bel exemple qui permet à la RDC de mettre en valeur ses ressources naturelles pour construire des infrastructures dont elle a besoin. Les acquis sont palpables et hautement appréciés par les autorités et le peuple congolais. Il suffit de se promener un peu à Kinshasa pour les voir : le Boulevard Lumumba, l’Hôpital cinquantenaire, etc.

Mais il y a aussi une campagne de stigmatisation contre ce projet avec des mensonges et de la manipulation médiatique qui consistent à semer la discorde entre les partenaires chinois et congolais, et à empêcher le redressement de la RDC.

Nous devons rester hautement vigilants face à ce genre de démarches. Au bout d’une évaluation, les autorités congolaises souhaitent accélérer l’exécution du projet Sicomines notamment le volet infrastructure. Le consortium des entreprises chinoises est prêt à mobiliser toutes leurs forces pour satisfaire cette demande. Je suis convaincu que dans un avenir proche, le projet Sicomines sera plus fructueux. 

Il faut donc encourager les deux entreprises à maintenir le dialogue en allant l’une vers l’autre, sans utiliser l’appareil de l’État ou recourir à des méthodes brutales. Les Congolais et Chinois sont intelligents et amis de longue date. Nous sommes capables de trouver une solution à l’amiable à tout différend.  

C.GERAUD NEEMA : La dispute entre la CMOC et la Gécamines se poursuit, et les dirigeants de la Gécamines évoquent désormais la possibilité d’une dissolution du partenariat avec la CMOC. Vu l’importance du projet pour les deux pays, pensez-vous que l’implication des gouvernements congolais et chinois soit envisageable et souhaitable pour trouver une issue au problème ?

AMBASSADEUR ZHU : Le TFM constitue le plus grand projet d’investissement des entreprises chinoises en RDC et représente des enjeux économiques importants pour les deux pays. 

Le gouvernement chinois suit attentivement le dossier et veille à ce que les droits légitimes des entreprises chinoises soient bien respectés. La dissolution du partenariat n’est dans l’intérêt de personne. 

La dispute qui oppose la CMOC et la Gécamines n’est pas difficile à régler, à condition qu’on négocie dans un esprit raisonnable et constructif, tout en respectant les contrats signés et les règles internationaux.

Il faut donc encourager les deux entreprises à maintenir le dialogue en allant l’une vers l’autre, sans utiliser l’appareil de l’État ou recourir à des méthodes brutales. Les Congolais et Chinois sont intelligents et amis de longue date. Nous sommes capables de trouver une solution à l’amiable à tout différend.  

C.ERAUD NEEMA : Dernièrement vous avez effectué une visite dans la région du Katanga. Région dans laquelle on enregistre une résurgence d’attaques contre les ressortissants chinois. Quelles sont les mesures spécifiques qui ont été prises de votre côté et/ou en collaboration avec les autorités congolaises pour améliorer les conditions de sécurité de vos compatriotes ?

AMBASSADEUR ZHU: Le gouvernement chinois attache une grande importance à la sécurité des ressortissants chinois à l’étranger et particulièrement en RDC. Le problème de l’insécurité dans la région du Katanga est préoccupant. Mais les Chinois n’en sont pas les seules victimes. Toute la population locale en souffre. Il faut donc appuyer les efforts des autorités congolaises dans la lutte contre la criminalité et les aider à renforcer leur capacité de protection par la coopération sécuritaire.

Au niveau de l’Ambassade de Chine en RDC, on est en dialogue permanent avec la police congolaise et d’autres services de sécurité pour leur faire part de nos soucis, partager des informations et discuter des pistes de coopération concrète.

Au fond, l’amélioration de la sécurité passe par le développement économique et social, par la sortie de la pauvreté. En tant que partenaire stratégique de la RDC, la Chine est prête à faire plus de contribution pour cela.

C.GERAUD NEEMA : Depuis quelques semaines déjà, le gouvernement congolais accuse les pays voisins de violer sa souveraineté en soutenant le mouvement rebelle du M23 dans le Nord-Kivu, quel est le soutien que la RDC peut-elle obtenir de la Chine afin de trouver une issue à cette situation ?

AMBASSADEUR ZHU : Nous sommes très préoccupés de la tension à l’Est de la RDC et consternés de voir un grand nombre de victimes civils et de déplacés. 

En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, la Chine est prête à jouer un rôle constructif dans la recherche d’une solution pacifique à la crise. D’abord, nous soutenons fermement l’État congolais à défendre sa souveraineté, son intégrité territoriale et la sécurité nationale, condamnons tous les actes visant à déstabiliser et diviser la RDC. 

Deuxièmement, la Chine ne ménagera pas ses efforts pour faciliter les dialogues et la coopération entre la RDC et ses pays voisins, soutient la médiation menée par l’Angola, le Kenya et l’Envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour la région des grands lacs. Nous appelons les groupes armés à participer au dialogue avec le gouvernement congolais et au programme DDRCS.

Troisièmement, nous sommes prêts à renforcer la coopération militaire avec la RDC et appelons la communauté internationale à répondre positivement aux préoccupations des autorités congolaises en matière du renforcement de leurs propre capacité de défense. Pour rétablir durablement la sécurité à l’Est de la RDC, il est essentiel que l’État congolais dispose d’une armée moderne, professionnel, loyale et puissante. 

Zhu Jing est l’ambassadeur de Chine en République Démocratique du Congo depuis 2019

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