Abonnez-vous à notre bulletin d'information bi-hebdomadaire gratuit sur la Chine-Afrique.

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Suivez PAC sur les réseaux sociaux

Ecouter le Podcast PAC

R. D. Congo : Implications de la réélection de Felix Tshisekedi

R. D. Congo Implications de réélection Felix Tshisekedi
Le président de la République démocratique du Congo, Felix Tshisekedi LUDOVIC MARIN / AFP

Le mercredi 9 janvier 2024, la cour constitutionnelle en République démocratique du Congo a confirmé les résultats provisoires de l’élection présidentielle confirmant la réélection de Felix Tshisekedi comme président de la république à l’issue d’un processus électoral controversé et d’elections émaillées de sérieuses irrégularités.

Certains poids lourds de l’opposition, candidat à la présidentielle, dont Moise Katumbi, Martin Fayulu et le prix Nobel de la paix Denis Mukwege, contestent ces résultats et refusent de reconnaitre la re-élection de Felix Tshisekedi. Une contestation qui pourrait ouvrir la porte à une période d’instabilité, l’opposition appelant la population à s’opposer à ce qu’elle présente être une mascarade électorale.

Quant à la communauté internationale dans son ensemble, elle a salué et félicité le président Felix Tshisekedi. Les pays de la East African Community, dont fait partie la RDC et plusieurs pays de la sous-région n’avaient pas attendu la confirmation des résultats par la cour constitutionnelle pour féliciter Felix Tshisekedi.

Bruxelles, Paris et Pékin ont attendu la confirmation des résultats définitifs pour féliciter le président congolais et réitérer leur volonté de travailler avec la RDC.

Washington dont certains membres du congrès avaient exprimé leurs inquiétudes quant à la régularité du processus électoral, ne s’est pas encore exprimé. Vu les messages de soutien venant un peu de partout, Washington ne saurait tarder à leur emboiter le pas.

Felix Tshisekedi réélu, qu’est-ce que cela implique pour les relations sino-congolaises et l’industrie miniere en R. D. Congo. Dans cette interview, je réponds à la rédaction anglais du du China Global South Project et donne mon analyse sur ce qui pourrait arriver.

ERIC OLANDER: Quelles sont les implications de la réélection du président sortant sur les intérêts miniers chinois en RDC ? Faut-il s’attendre à une relance des efforts de Tshiskedi pour restructurer les contrats miniers ?

CHRISTIAN-GERAUD : À ce stade, il est trop tôt pour se prononcer. Avant tout, nous devons comprendre le contexte dans lequel Félix Tshisekedi a été confirmé comme vainqueur des élections.
De nombreux observateurs et l’opposition ont largement critiqué le processus électoral pour son caractère chaotique ; les bureaux de vote étaient encore ouverts 5 jours après leur fermeture officielle par la Commission électorale. Il est important de replacer le contexte pour comprendre que le type de gouvernance et les décisions que nous verrons dans les années à venir dépendront étroitement du paysage politique qui émergera après les élections.

L’opposition appelle à l’annulation et à la transition. Bien que cela soit peu probable, si cette demande venait à être acceptée, ou une sorte de transition politique venait à prendre forme, le paysage sera différent et l’impact sur les intérêts miniers chinois le sera également.

Il faut garder en esprit qu’il y a la rebellion du M23 et le nouveau mouvement rebelle Alliance du Fleuve Congo qui sont en activité dans l’est de la RDC et qui pourraient, en cas de progression militaire ou de victoires militaires considérables, imposer un dialogue politique dont émergera un environnement politique différent.

Dans l’état actuel des choses, je pense que la Chine devrait s’inquiéter davantage de la situation sécuritaire dans la région du Katanga. Récemment, le gouvernement central a envoyé des troupes militaires dans la région, craignant des menaces pour la sécurité – troubles sociaux et militaires – dans la région à la suite des élections.

Les tensions sociales et ethniques qui en découlent pourraient devenir une véritable source d’instabilité et d’insécurité dans la région. Tshisekedi devra calmer la situation, faute de quoi la situation pourrait rapidement dégénérer.

Si ces menaces sécuritaires se concrétisent, elles pourraient devenir une véritable menace pour tous les intérêts miniers de la région, et pas seulement pour ceux des Chinois

Et quant à la restructuration des contrats miniers, non seulement chinois, je crois qu’il poursuivra sur cette lancée. Mais jusqu’où il ira et quelles seront ses réelles motivations, ça reste à voir.

EO: Nombreux sont ceux qui, à Washington, considèrent Tshisekedi comme « leur homme », mais les sociétés minières chinoises telles que CMOC, CNMC et d’autres se sont très bien portées pendant son mandat. Le président penche-t-il d’un côté ou de l’autre vers les grandes puissances ou poursuit-il une approche plus pragmatique et balancée ?

CG: Récemment, un groupe de hauts responsables américains a exprimé son inquiétude au processus électoral et à la gouvernance en RDC.

Jim Risch, membre de la commission des affaires étrangères du Sénat américain, a lancé un avertissement : « Les élections entachées d’irrégularités en RDC doivent déclencher une remise à zéro de la politique américaine afin de donner la priorité au peuple congolais. La stratégie passée de l’administration Biden, qui consistait à tout miser sur le gouvernement Tshisekedi, ne sert pas les intérêts américains pour contrer la Chine et met en péril la démocratie, les efforts de lutte contre la corruption et la sécurité en RDC« .

De son côté, le représentant Chris Smith (R-NJ), président de la sous-commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants sur les droits de l’homme dans le monde et coprésident de la commission des droits de l’homme Tom Lantos, a également demandé à l’ambassadeur des États-Unis à Kinshasa de « ne pas répéter les erreurs de son prédécesseur, qui a entériné un résultat manifestement erroné il y a cinq ans, et de faire en sorte que notre gouvernement demande à rendre des comptes« .

Enfin, Tibor Nagy, l’ancien sous-secrétaire américain chargé de l’Afrique, a exprimé dans un article sa déception quant à la manière dont les États-Unis ont manqué l’occasion de gagner du terrain en RDC, ainsi que la déception des États-Unis quant à la gouvernance de Tshisekedi, sa tendance autocratique et la corruption qui l’entoure.

Une série de préoccupations qui montrent que l’approche américaine envers Tshisekedi pourrait être différente cette fois-ci.

Dans ces conditions, on ne sait pas exactement dans quelle direction le président Tshisekedi pourrait s’appuyer. Il est possible qu’il veuille encore renforcer la rivalité entre les États-Unis et la Chine afin d’obtenir le soutien politique de Washington.

Une chose est sûre, il a exprimé sa volonté de voir de nouveaux acteurs entrer dans le secteur minier de la RDC. Nous nous attendons donc à voir de plus en plus de pays du Moyen-Orient, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, devenir de plus en plus présents dans ce secteur en RDC.
Le 9 janvier, le ministère des mines de la RDC a signé plusieurs protocoles d’accord sur les ressources naturelles avec le ministère saoudien des mines et de l’industrie lors du Future Minerals Summit à Riyad.

Quant aux entreprises chinoises, elles n’ont pas réellement à s’inquiéter. Elles semblent sereines et déterminées à accroitre leurs investissements en RDC, surtout si on prend compte les derniers chiffres de la production du chinois CMOC qui est devenu premier producteur de cobalt devant le Suisse Glencore à la suite de nouveaux investissements consentis sur sa mine de TFM et le lancement de sa mine de Kisanfu.

EO: Pensez-vous que l’approche de Felix Tshisekedi à l’égard de la Chine et des intérêts miniers chinois en RDC changera maintenant qu’il a été réélu ?

CG: L’approche du président Tshisekedi à l’égard du secteur minier dans son ensemble dépendra de son agenda politique. Dans un pays où les partis politiques sont centrés sur le chef, où le président ne peut pas se présenter pour un troisième mandat, la vraie question serait de savoir qu’est-ce qui motiverait Felix Tshisekedi à prendre des mesures pour améliorer la gouvernance du secteur minier ou la bonne gouvernance en général.

Le parti de son père dont il a hérité est susceptible d’imploser une fois qu’il aura quitté le pouvoir. Il n’y aurait donc aucune motivation politique pour lui d’améliorer la bonne gouvernance sur laquelle aurait pu surfer son parti pour présenter un candidat à la présidentielle de 2028.

S’il est tenté de rester au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats et de s’accrocher au pouvoir, cela impliquerait qu’il ait besoin de s’assurer des loyautés et allégences politiques par le biais du clientélisme et du népotisme, ce qui signifie davantage de mauvaise gouvernance dans le secteur minier, dont les énormes revenus alimentent l’appareil politique.
Dans ce contexte, il pourrait compter davantage sur les entreprises chinoises que sur les autres pour qu’elles se tiennent tranquilles et jouent le jeu tant qu’elles ne sont pas menacées.

Toute politique de bonne gouvernance dans le secteur des ressources naturelles en RDC signifie qu’il n’y aura pas d’argent occulte supplémentaire pour acheter et maintenir la loyauté politique nécessaire à l’obtention d’un soutien politique et à la modification de la constitution pour lui permettre de rester au pouvoir.

C’est quoi le Projet Afrique Chine

Indépendant

Le Projet Afrique-Chine est fondamentalement independent, non-partisan et ne fait la promotion d’aucun pays, compagnie ou culture.

Actualité

Une sélection minutieuse des articles les plus importants de la journée sur la Chine et l’Afrique. Mise à jour 24 heures sur 24 par des rédacteurs humains. Pas de robots, pas d’algorithmes

Analyses

Des points de vue divers, souvent non conventionnels, d’universitaires, d’analystes, de journalistes et de diverses parties prenantes du débat Chine-Afrique.

Réseau

Un réseau de professionnels unique, composé de chercheurs, d’analystes, de journalistes et d’autres acteurs de la Chine et de l’Afrique du monde entier.