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Face à la Chine en Afrique, l’offre américaine doit être innovante et cohérente

Le sous-secrétaire américain à la croissance économique, à l'énergie et à l'environnement, Jose W Fernandez. Image via @State_E

À Indaba en Afrique du Sud, Jose Fernandez, sous-secrétaire d’État américain à la croissance économique, à l’énergie et à l’environnement n’a pas hésité à lancer des piques – sans la mentionner – à la cible favorite des États-Unis en Afrique, la Chine.

Il a à nouveau réitéré l’inquiétude de l’administration américaine face au contrôle que la Chine exerce sur la chaine d’approvisionnement de plusieurs métaux stratégiques : “Aujourd’hui, la pandémie nous a appris à tous que la concentration des chaînes d’approvisionnement, que ce soit pour les équipements médicaux, les ressources minérales critiques ou autres, crée des vulnérabilités importantes qui nécessitent des approches internationales et nationales. L’année dernière, le président Biden a signé un décret sur les chaînes d’approvisionnement de l’Amérique pour renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement américaines, y compris le secteur des minéraux critiques, et le 31 mars, il a annoncé l’autorisation de l’utilisation de la loi sur la production de défense pour sécuriser la production américaine de matériaux critiques afin de soutenir notre économie de l’énergie propre.

Et en matière de gouvernance minière, de rajouter « Ici, en Afrique, la façon dont nous proposons de le faire est de créer une course vers le haut en termes d’environnement, de social et de gouvernance. Nous ne nous battrons pas dans une course vers le bas. Nous pensons que le renforcement des normes permettra de niveler le terrain de jeu pour les entreprises qui adhèrent à des objectifs élevés, de fournir des opportunités d’innovation vers de nouvelles approches d’extraction et de traitement qui réduisent les impacts environnementaux, et de réduire les coûts environnementaux de l’extraction et du traitement. » 

Ces commentaires s’inscrivent dans la suite de plusieurs déclarations similaires faites par différents responsables américains avant lui sur le sujet. En janvier dernier, de passage en RDC, Singh déclarait que les USA venaient offrir un modèle différent que celui proposé par la Chine
La RDC dont Jose Fernandez a rencontré la ministre des Mines à Indaba, semble être devenue le principal terrain d’opposition entre chinois et américains qui apporteraient leur soutien au gouvernement congolais dans la réévaluation des contrats miniers chinois. 

Sur le papier, l’offre américaine semble alléchante, et d’autant plus qu’elle intègre les demandes de valorisation de plusieurs pays producteurs sur le continent : « … le raffinage, la transformation et d’autres industries nationales qui apporteront des emplois bien rémunérés ». 

  • Une méthode dépassée

Cependant, il est difficile de percevoir, pour le moment, comment ces initiatives vont-elles prendre réellement forme et permettre de rivaliser avec la chine dans le secteur extractif en Afrique. Les prérequis de bonne gouvernance politique, de démocratisation et de lutte contre la corruption qui conditionnent toutes ces initiatives éloignent les perspectives d’un engagement américain prochain sur le terrain. 

Dans une Afrique qui a trouvé en la Chine une alternative, comme avec l’aide au développement et le financement des projets d’infrastructures, ces conditionnalités ne semblent plus opérantes (elles ne l’ont jamais été du reste), d’autant plus que ces pays producteurs ne sont pas demandeurs. 

Bien qu’ils puissent se plaindre des pratiques des sociétés minières chinoises ou de leurs conditions et politiques des prêts, de nombreux dirigeants africains ne sont pas prêts à renoncer aux avantages financiers que représentent les investissements chinois dans le secteur minier. Un secteur dont les revenus permettent d’acheter des loyautés politiques et d’entretenir des réseaux d’affidés.

  • Une incohérence de sa politique étrangère

La mauvaise gouvernance du secteur minier est alimentée par la mauvaise gouvernance politique et vice-versa. Ainsi toute politique tendant à supporter un régime contesté mais allié de Washington ne pourrait que conduire à une mauvaise gouvernance minière. Et l’histoire de l’engagement américain en Afrique révele comment la real politk a dicté des alliances et soutients à des régimes politiques dictatoriaux et corrompus. 

La dernière illustration en date concerne la R.D.Congo. Lorsqu’en 2018 l’administration américaine décide de fermer les yeux sur la fraude électorale en RDC et décide d’apporter son soutien au régime Tshisekedi, elle a posé les conditions politiques pour une mauvaise gouvernance dans le secteur minier. On ne saurait d’un côté en appeler à la bonne gouvernance minière et de l’autre créer les conditions d’une mauvaise gouvernance.

Il est temps pour les États-Unis de faire preuve de cohérence dans leur politique étrangère. Les valeurs de démocratie, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption qu’ils prônent, doivent transparaitre dans leur engagement avec tous les pays riches en ressources naturelles et pas uniquement à ceux d’Afrique.

Sans cette cohérence, les conditions de démocratie et de bonne gouvernance qu’ils édictent paraissent hypocrites et semblent répondre à un calcul géopolitique visant uniquement à écarter un rival ou à isoler un régime inamical.

En définitive, il ne s’agit pas ici d’encourager le gouvernement américain à se lancer dans une compétition avec la Chine – dans un nivellement vers le bas – en violation des principes de bonne gouvernance et de bonnes pratiques dans la gouvernance du secteur minier, mais plutôt de faire preuve d’imagination, d’innovation et de cohérence dans leur approche avec l’Afrique. 

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