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L’interpellation peu crédible de Tibor Nagy sur les investissements miniers chinois en Afrique

FLORENT VERGNES / AFP

C’est dans un style inquisiteur et sur fond de critiques antichinoises, que l’ancien sous-secrétaire d’État américain en charge de l’Afrique Tibor Nagy, a publié un tweet dans lequel il interroge le rôle de la Chine dans le secteur minier africain:

« Quelqu’un peut-il expliquer pourquoi l’Afrique envoie ses matières premières et ses minerais en Chine pour qu’ils soient transformés et revendus, au lieu d’être transformés en Afrique ; surtout quand des millions d’Africains sont au chômage ou sous-employés ? » 

Une question qui visait certainement à susciter le débat et peut-être à réveiller les élites et dirigeants africains qui devraient – et du reste le font déjà– réclamer plus des compagnies minières chinoises ; au-delà de l’extraction, s’investir dans la transformation et des investissements dans la chaine de valeur sur place. 

Cependant, sa question communique aussi et vise certainement à entretenir le narratif de la Chine prédatrice des matières premières en Afrique. Une Chine qui exploite, sans rien ne construire ni investir dans la chaine de valeur de ces matières première en Afrique. Une insinuation qui est pourtant en déphasage avec la réalité sur terrain, surtout lorsqu’on regarde en Zambie ou en République Démocratique du Congo où la Chine domine le secteur extractif. 

En outre, son interpellation gagnerait aussi en crédibilité s’il s’adressait à l’ensemble de l’industrie minière en Afrique. Une industrie minière largement dominée par des compagnies anglo-saxonnes et occidentales. La domination chinoise dans le secteur du cuivre et du cobalt en R.D.Congo ou en Zambie ne saurait suffire à exagérer son poids dans tableau de l’industrie minière en Afrique.

Un tableau dans lequel les entreprises minières chinoises ne représentent que moins de 7% de la production minière du continent. 

Comment donc comprendre que la question soit ainsi adressée à l’un des plus petits acteurs dans le secteur sur le continent. 

Outre le côté spécieux de sa question, c’est sa légitimité, lui diplomate américain qui est remise en question.

Au regard de l’histoire, il est quelque peu gênant que la question provienne d’un haut-responsable occidental. L’occident dont le bilan en Afrique est loin d’être sans reproche. 

Faudrait-il mentionner le rôle et les actions des compagnies minières occidentales sur le continent ? Compagnies dont les investissements sont essentiellement cantonnés dans le secteur de l’extraction et très peu dans celui de la transformation. Ou encore la longévité de ces entreprises minières en Afrique et leur impact sur l’industrialisation des économies de ces pays producteurs ? 

Faudrait-il rappeler le soutien politique qu’ils ont offert, pendant des années, à des régimes dictatoriaux africains corrompus qui brillaient par la mauvaise gouvernance et une prédation de leur secteur extractif ? 

Dans une tentative de corriger la situation, comment ne pas donc évoquer l’impact des ajustements structurels sur l’industrialisation des pays africains ?

Autant de questions qui remettent en cause la légitimité d’un Tibor Nagy à aborder cette question, surtout sous l’angle accusateur qu’il a choisi. En réalité, l’occident n’a pas la légitimité nécessaire pour questionner l’empreinte chinoise dans le secteur minier africain. 

Le plus désolant dans tout ça est qu’en réalité ces « inquiétudes » sont plus l’expression d’une rivalité géopolitique que celle d’une réelle volonté de voir les pays producteurs africains devenir maitres de leurs ressources naturelles.

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