Même si les données de l’Afrique du Sud et la Chine racontent deux narratifs différents quant à la réalité des relations commerciales entre les deux pays – qui souffre d’un déficit commercial et qui jouit d’un surplus – elles sont tout de même d’accord sur l’importance commerciale réciproque des deux pays.
Avec 52 milliards de dollars au total en 2024, selon les données des douanes chinoises, l’Afrique du Sud trône au sommet des partenaires commerciaux de la Chine en Afrique.
Une position qu’elle tient depuis plusieurs années grâce à la taille de son économie, son PIB par habitant, sa diversité et l’abondance de ses ressources naturelles.
Cependant, la diversité de l’économie sudafricaine ne se reflète pas autant que ne l’auraient voulu les autorités sudafricaines dans leurs échanges commerciaux avec la Chine.
Les exportations de l’Afrique du Sud vers la Chine sont largement dominées par les ressources minières brutes. Les données des deux pays le confirment.

Selon les douanes chinoises, en 2024, les minerais d’or et de chromes bruts ont largement dominé les exportations sudafricaines vers la Chine.
Ces exportations de minerais brutes porteraient atteinte à sur l’industrie minière sudafricaine et son économie selon le ministre sudafricain des mines et du pétrole, Gwede Mantashe.
Lors de son mot d’ouverture à la conférence minière Inbada 2025 qui se tient au Cape Town en Afrique du Sud, Gwede Mantashe a pointé du doigt le poids de la Chine “qui aurait bâti son industrie du chrome sur le dos de l’Afrique du Sud.”
Premier importateur mondial de Chrome, la Chine dépend fortement des importations de l’Afrique du Sud, premier producteur mondial, qui représentait en 2023, 81% des approvisionnements chinois en Chrome.
Selon le ministre Matanshe, ces exportations de minerais brutes ne profitent pas à l’Afrique du Sud qui souffre des fluctuations des prix sur le marché international que cause la Chine.
« La Chine construit son industrie du chrome sur le dos de notre chrome, et elle est plus grande que nous ; ce n’est pas normal. Parce que nous exportons des matières brutes, que la Chine stocke des matières brutes et que nous continuons à extraire à un moment donné, comme c’est le cas actuellement, la Chine inonde le marché de chrome, et le prix du chrome baisse.
Nos compagnies minières de chrome disent qu’elles ne peuvent pas survivre, qu’elles survivent à peine, alors qu’elles sont les plus gros producteurs, et que c’est sur leur production que la Chine fait baisser le prix du chrome. »
Des accusations qui font écho à ceux formulées par l’ancien secrétaire d’état américain à la croissance économique, à l’Energie, et à l’environnement, Jose W. Fernandez qui, en mai 2024, accusait la Chine d’inonder le marché mondial de cobalt de façon à casser lex prix pour garder ses concurrents en dehors du marché.
Pour pallier ces difficultés, Gwede Matanshe en appelle à une transformation locale des minerais en Afrique. Ce qui permettrait de créer et de conserver de la grande valeur ajoutée, ce qui qui améliorerait la position des pays africains producteurs dans l’économie mondiale et leurs relations commerciales avec leurs partenaires commerciaux.
La situation décriée par Gwede Matanshe est similaire à celle observée dans le cobalt congolais où les prix bas du cobalt impacte les revenues que la RDC perçoit de sa production et de son exportation.
A défaut de posséder des entreprises minières comme l’Afrique du Sud, le gouvernement congolais avait tenté, sans succès, d’imposer des quotas d’exportation pour tenter de contrôler autant que possible l’influence de Pékin sur le marché international.
Cette situation révèle la dynamique complexe des relations économiques et commerciales sino-africaines, où la Chine peut autant être un partenaire économique important et un concurrent qui nuit à ses partenaires.
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