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Les drones chinois et turcs alimentent-ils les conflits en Afrique? 

drones chinois CH4 R.D. Congo
Drone chinois CH-4. Photo: Asian Military Review

En cinq ans, la Chine et la Turquie sont devenues les deux principaux fournisseurs de drones pour les armées africaines et leur impact et leur responsabilité sur les terrains de conflit suscitent de plus en plus de questions. 

Du côté chinois, les CH-4 Rainbow de la China Academy of Aerospace Aerodynamics (CAAA), les Wing Loong de la Chengdu Aircraft Industry Group (CAIG),les CH-95 sont présents de la République démocratique du Congo à l’Algérie, en passant par le Nigeria, l’Égypte et l’Éthiopie. 

Quant à la Turquie, la firme Baykar demeure le principal fournisseur du continent. Le Bayraktar TB2  est aujourd’hui exploité par environ onze États africains.

Les raisons de cet engouement pour ces drones chinois et turcs tiennent à leur accessibilité, à leurs prix abordables et à la discrétion des pays fournisseurs, qui ne posent pas de questions sur leur utilisation tant qu’il s’agit de transactions avec des gouvernements. 

Cependant, dans leur déploiement sur les champs de bataille africains, plusieurs dynamiques s’observent, allant des conditions d’acquisition et de livraison de ces équipements aux acteurs, en passant par leur usage sur le terrain. 

Affrontement entre drones chinois et turcs

Le premier cas documenté est survenu en Libye entre 2019 et 2020. Lors des affrontements qui opposaient le gouvernement national de Tripoli, qui opérait des drones Bayraktar TB2, à l’Armée nationale libyenne du maréchal Haftar, les Émirats arabes unis (Abu Dhabi) avaient fourni des Wing Loong II chinois. Des Wing Loong II qui avaient détruit un TB2 sur un aéroport de Tripoli. 

La même situation a récemment été observée au Soudan, où l’armée soudanaise (SAF), qui exploite des TB2 et Akinci, a intercepté et abattu un drone chinois CH-95/FH-95 des Forces de soutien rapide (RSF) au nord-ouest d’El Obeid, dans le Kordofan. En février 2026, la SAF avait détruit dans le Kordofan un système sol-air chinois FK-2000 en service chez les RSF, qui avait été utilisé contre des drones turcs. 

La présence des drones chinois auprès des RSF, longuement documentée, aurait de quoi surprendre au regard des relations que Pékin entretient avec le gouvernement de Khartoum. 

Un pays tiers

C’est ici, dans les cas de la Libye et du Soudan, qu’apparaît une autre dynamique tout aussi importante qui permet de clarifier les responsabilités des acteurs impliqués: l’intervention d’un pays tiers concernant les drones chinois. 

Comme en Libye avec l’armée du maréchal Haftar, la livraison de ces drones chinois a été effectuée par les Émirats arabes unis, qui soutiennent les RSF. Le “détournement” des drones chinois que Pékin vend aux Émirats place la Chine dans un conflit auquel elle n’a pas part. 

Cette intervention d’un pays tiers crée une responsabilité indirecte de la Chine dans ces conflits, et ce, contrairement à la Turquie qui livre directement ces drones dans ces conflits. 

Une responsabilité indirecte qui permet à Pékin de se prémunir contre toute forme de critique visant à la lier directement à ces conflits. Il pourrait être évoqué la responsabilité de veiller à ce que ces drones vendus aux Émirats n’atterrissent pas dans un conflit africain, surtout lorsqu’il affecte un partenaire ; cependant, en vertu de son principe de non-ingérence, il n’est pas certain que Pékin puisse le faire. 

Si au Soudan et en Libye sa responsabilité directe n’est pas engagée, ailleurs sur le continent, la situation est un peu différente. 

Congo, deux camps et deux fournisseurs

Dans le conflit congolais où le gouvernement congolais est en proie à la rébellion du M23 soutenue par le Rwanda, les Chinois et les Turcs vendent directement aux deux parties – la RDC et le Rwanda – , mais pas toujours les mêmes équipements. 

En 2023 et 2024, la Chine a vendu des drones CH-4 Rainbow, alors qu’à Kigali elle a vendu des systèmes de défense sol-air Yitian-L de Norinco et le Sky Dragon 50 (TL-50), que l’armée rwandaise utilise, selon les renseignements congolais, contre les drones de l’armée congolaise, dont les TB2 turcs.  

De son côté, la Turquie a livré quatre TB2 au gouvernement congolais et, selon les renseignements congolais, en aurait aussi livré au Rwanda, qui les exploite dans sa guerre en RDC.  

Sur le terrain congolais, la position de la Chine est beaucoup plus délicate. Ses livraisons d’armes au Rwanda sont difficiles à comprendre dans un contexte de conflit avec la RDC où elle a d’énormes intérêts économiques et miniers. Cela s’applique également à la Turquie, dont les entreprises mènent des projets d’infrastructure majeurs en RDC et au Rwanda. Pendant ce temps, saura-t-elle au nom de la non-ingérence continuer à livrer des systèmes de défense aérienne au Rwanda sans susciter des questions en RDC? 

L’ambiguïté dans laquelle évoluent la Chine et la Turquie illustre les limites d’une approche qui ferait de ces deux pays les responsables des conflits africains. Leurs drones ne déclenchent pas les guerres : ils s’insèrent dans des crises préexistantes, alimentées par des rivalités politiques, des tensions régionales et des intérêts économiques. Mais leur disponibilité croissante modifie les rapports de force et peut intensifier ou prolonger les conflits.

La responsabilité de Pékin et d’Ankara dépend toutefois des conditions de livraison. Elle est directe lorsque les équipements sont vendus aux belligérants, et plus diffuse lorsqu’ils transitent par un pays tiers, comme les Émirats arabes unis. La question centrale devient donc celle de leur volonté réelle de contrôler la destination et l’usage de leurs drones.

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