Citant le site d’information portugais Jornal Notícias, le compte public WeChat Cape of Good Hope Observations (好望观察), spécialisé dans le suivi des industries africaines, a récemment attiré l’attention des lecteurs chinois sur un incident mineur survenu au Mozambique, passé largement inaperçu dans les médias anglophones.
Fin janvier, des agents de l’immigration mozambicaine ont mené une opération surprise dans un village isolé de la province de Nampula, où ils ont interpellé sept ressortissants chinois dans le district de Murrupula. Les autorités ont indiqué que le groupe se livrait à l’exploitation illégale de l’or sans permis, et des procédures d’expulsion ont depuis été engagées.
Pris isolément, ce cas aurait autrefois pu être considéré comme une simple action de routine. Toutefois, en examinant plus d’une douzaine de cas similaires à travers l’Afrique au cours des six derniers mois, l’auteur estime que l’approche du continent à l’égard de l’exploitation minière étrangère — largement dominée par des opérateurs chinois — a connu un tournant qualitatif. Le modèle antérieur, consistant à payer une amende pour poursuivre les activités, disparaît rapidement. Il est désormais remplacé par des détentions pénales, la création d’unités spécialisées de répression, la saisie d’actifs et des fermetures d’opérations à durée indéterminée.
L’article cite la gestion récente par la Guinée de plusieurs affaires d’orpaillage illégal comme exemple révélateur. Les autorités y ont explicitement qualifié la destruction environnementale d’infraction pénale, et non plus de simple manquement réglementaire, signalant que les atteintes écologiques entraînent désormais les sanctions les plus sévères prévues par la loi nationale.
Le Nigeria est allé encore plus loin en mettant en place des unités fédérales de contrôle minier, qui contournent les forces de police locales, mènent des inspections militarisées et traduisent directement les suspects devant des juridictions fédérales, où l’obtention d’une libération sous caution est particulièrement difficile.
Fait crucial, ce durcissement ne vise plus uniquement les activités informelles ou de petite échelle. Même de grandes entreprises légalement enregistrées ont perdu la protection tacite dont elles bénéficiaient auparavant. En République démocratique du Congo, l’effondrement d’un barrage de résidus dans une importante société minière à capitaux chinois a entraîné la suspension indéfinie des activités ainsi que des interdictions de sortie du territoire visant des cadres dirigeants.
Selon l’auteur, ces évolutions relèvent de dynamiques structurelles plutôt que de décisions politiques ponctuelles. La colère populaire face à la pollution, à la perte de terres et au partage inéquitable des bénéfices s’est intensifiée dans les régions minières. Parallèlement, le recours à la surveillance satellitaire, aux drones et aux mécanismes de lanceurs d’alerte rend de plus en plus difficile la dissimulation d’activités illégales ou semi-légales. Longtemps marginalisées, les communautés locales sont désormais au cœur des dispositifs de contrôle et constituent souvent la source de renseignements la plus efficace pour les autorités.
Pour les entreprises minières chinoises encore actives en Afrique, le commentateur estime que leur survie repose désormais sur trois mesures concrètes de maîtrise des risques :
Premièrement, les entreprises doivent procéder à une vérification rigoureuse de la conformité de tous les permis et documents. Le cas mozambicain montre que la détention de documents falsifiés constitue une infraction pénale. Les sociétés doivent consulter directement les bases de données des autorités provinciales ou nationales, plutôt que de se fier à des autorisations papier fournies par des intermédiaires, souvent dénuées de toute valeur juridique.
Deuxièmement, les entreprises doivent instaurer une « conformité visible » afin de résister aux contrôles par satellite et par drone. Les bassins de résidus doivent respecter les normes anti-infiltration, les points de rejet ne peuvent déverser directement des eaux polluées, et les sols nus ne doivent pas rester exposés, au risque d’apparaître comme des zones suspectes vues du ciel.
Troisièmement, la sécurité et l’engagement communautaire doivent être repensés en profondeur. L’incident impliquant des tirs au Zimbabwe montre que des murs ne suffisent pas à protéger une exploitation. Les entreprises devraient recruter des habitants locaux pour des postes non stratégiques et créer des bénéfices partagés à travers des projets tels que la construction de routes ou de puits. Lorsque les villageois tirent un revenu de l’activité minière, ils deviennent des alliés et des relais d’information ; lorsqu’ils en sont exclus, ils peuvent au contraire devenir la source la plus efficace de plaintes et de signalements.
POURQUOI EST-CE IMPORTANT ?
L’Afrique ne se contente plus de durcir l’application des règles : elle redéfinit en profondeur les cadres politiques et juridiques dans lesquels opère l’exploitation minière étrangère. Pour les entreprises chinoises — et plus largement pour la présence économique de la Chine sur le continent — la capacité à s’adapter à cette nouvelle réalité influencera non seulement les résultats économiques à court terme, mais aussi la perception de long terme de la Chine comme partenaire du développement africain.





