Avec 6% de l’ensemble de la dette publique ou souveraine des pays d’Afrique subsaharienne, la Chine n’est pas le responsable de la crise de la dette des pays d’Afrique subsaharienne; et elle n’est pas responsable de l’augmentation de la dette publique de la région au cours des 15 dernières années. C’est l’une des principales conclusion d’un rapport parallèle du Fond Monétaire International qui accompagne celui sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne en octobre 2023.
Dans ce rapport, le FMI revient sur la situation des relations économiques entre la Chine et l’Afrique qui sont à la croisée des chemins. Après des décennies de prêts accordés à l’Afrique, la Chine doit faire face à la difficulté de plusieurs pays du continent à rembourser les prêts dus à Pékin. En ce qui concerne la part de la Chine dans la dette publique extérieure totale de l’Afrique subsaharienne, elle est passée de moins de 2 % avant 2005 à environ 17 % – soit 134 milliards de dollars – en 2021 et faisant d’elle le plus grand bailleur de fonds bilatéral des pays de la région.
Les grandes lignes du rapport
- Prêts commerciaux domestiques: Il est important de faire une distinction entre la dette publique extérieure et la dette publique globale. La crise de la dette que connait plusieurs pays d’Afrique subsaharienne concerne celle de la dette publique totale – qui inclut la dette publique extérieure- dans laquelle la Chine ne représente que 6%. le gros de la dette publique africaine, soit 60,9 %, est constitué de prêts commerciaux domestiques à des taux d’intérêt élevés et des échéances de maturité plus courtes.
- Pays concernés: Le gros de la dette bilatérale face à Pékin est détenu par cinq pays, l’Angola, le Kenya, la Zambie, le Cameroun et le Nigeria qui représentent 55 % de la dette bilatérale officielle due la Chine.
- Stock des investissements directs étrangers relativement faibles: La croissance des investissements directs chinois a été impressionnante, 23%, soit 3 milliards de dollars, des entrées annuelles des IDE dans la région. Cependant, comparé à la taille des investissements provenant d’autres régions du monde, le stock d’investissements chinois en tant que part des IDE total de la région est encore relativement faible – à environ 4,4 % en 2021.
La dette des pays africains place Pékin dans une position assez inconfortable. Pour la première fois, elle doit faire face à la pénible expérience de la restructuration de la dette de ces pays.
Jusque là, bien qu’elle ait déjà procédé à l’annulation des prêts bilatéraux sans intérêts accordés à certains pays, ou participé à 63% de la suspension des remboursement d’autres pays dans le cadre du DSSI du G20, elle s’est néanmoins opposée à l’annulation de la dette et exigé le remboursement de ses prêts.
Il faut noter qu’à ce jour Pékin a toujours adopté une posture au cas par cas selon les pays:
- Ethiopie: En 2020, dans le cadre du DSSI du G20, Pékin a avait accordé un rallongement des délais de remboursement. Les deux pays sont en discussion pour un prolongement des délais jusqu’en juillet 2024.
- Kenya: la China Eximbank avait accordé un premier report au premier semestre 2021, mais a refusé de prolonger les délais de remboursement et ce malgré les demandes répétées du Kenya.
- Zambie: Comme le plus grand créancier bilatéral de la Zambie, elle a co-présidé le comité des créanciers de la Zambie et a joué un rôle centrale dans la restructuration laborieuse de 6.3 milliards sa dette extérieure en juin 2023. L’accord définitif doit encore être signé.
POURQUOI C’EST IMPORTANT: Ce rapport du FMI vient mettre en perspective le rôle et la place de la Chine dans la crise de la dette des pays africains. Il devrait permettre en principe de mettre un terme à la rhétorique du « piège de la dette » portée par les Etats-Unis et alliés pour critiquer les prêts chinois vers les pays africains.
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