Sur les réseaux sociaux chinois, une vidéo publiée sur Bilibili a surpris les internautes : l’armée rwandaise y apparaît comme le reflet quasi parfait de l’Armée populaire de libération (APL). Le montage assemble des séquences d’exercices d’infanterie, d’arts martiaux, de défilés et même de gestes d’instructeurs, tous inspirés du style de l’Université nationale de défense de Chine à Shijiazhuang.
À l’approche du 25e anniversaire de l’indépendance du Rwanda, en 2019, Kigali avait fait appel à une équipe d’instructeurs chinois envoyée quatre mois avant la parade pour former ses soldats. Les formations de marche, la discipline et la chorégraphie avaient été conçues pour reproduire les standards de Pékin. Le créateur de la vidéo est même allé jusqu’à plaisanter que les troupes rwandaises, criant des ordres en chinois, ressemblaient à des « frères chinois bronzés ».
En 2025, lorsque les forces soutenues par Kigali ont pris Goma, plaque tournante minière stratégique de la République démocratique du Congo, l’opération a été menée avec une efficacité remarquable : lignes d’approvisionnement coupées net, manœuvres tactiques exécutées à la lettre et discipline de terrain calquée sur les exercices de l’APL. « Sans leur couleur de peau, on pourrait les confondre avec une unité chinoise en mission à l’étranger », ironisait le blogueur.
Le Rwanda n’a pas seulement adopté les méthodes d’entraînement et les tactiques de l’APL, mais aussi son volet culturel : organisation d’événements sportifs avec les civils, officiers participant au nettoyage des rues, routines quotidiennes calquées sur les traditions militaires chinoises.
D’autres armées africaines suivent la même voie. En Tanzanie, les soldats chantent avant les repas, récitent les « Trois règles de discipline et huit points d’attention » hérités de l’ère maoïste, et plient leurs couvertures en cubes parfaits surnommés « blocs de tofu » dans l’APL.
Pour de nombreux observateurs chinois, ce modèle séduit les gouvernements africains aux ressources limitées. Contrairement aux forces américaines ou de l’OTAN, la Chine a bâti une armée terrestre de premier plan avec des budgets modestes, un prestige forgé dès la guerre de Corée. Depuis 1957, l’Académie militaire de Shijiazhuang a formé des dizaines d’officiers africains, dont cinq présidents, huit ministres de la Défense et des centaines de hauts gradés, beaucoup décrivant l’expérience comme une véritable « renaissance ».
POURQUOI C’EST IMPORTANT: Ce qui se joue au Rwanda et ailleurs dépasse le simple transfert de techniques. C’est une exportation culturelle : la Chine façonne les armées africaines à son image. Une forme de soft power par le hard power, qui redessine lentement les influences et les fidélités militaires sur le continent.





