Suivez PAC sur les réseaux sociaux

Ecouter le Podcast PAC

Trump revient, mais sa politique africaine demeure incertaine

Etats-Unis continent africain
Nicolas Economou / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Les cerisiers commençaient à fleurir à Washington, D.C., mais à l’intérieur du Beltway, il n’y a guère de signe de renouveau—seulement un épais brouillard d’incertitude. Après un bref retour à D.C., j’ai trouvé une ville encore sous le choc du retour au pouvoir de l’administration Trump et en pleine confusion quant à ce que cela signifie pour l’engagement des États-Unis sur le continent africain.

En juillet dernier, j’avais parcouru ces mêmes couloirs et senti poindre une appréhension précoce. Les experts politiques, les chercheurs des think tanks et même les jeunes fonctionnaires du Département d’État parlaient avec prudence d’un possible retour de Trump. Désormais, cette hypothèse s’est transformée en réalité, mais les craintes n’ont pas laissé place à la clarté. Bien au contraire, elles se sont accrues.

En ce qui concerne les relations entre les États-Unis et l’Afrique, personne ne semble savoir qui est aux commandes—ni ce que l’administration entend réellement faire. Des postes clés restent vacants, notamment celui de Secrétaire adjoint aux Affaires africaines, et cette absence de leadership projette une ombre inquiétante. Pour la troisième fois, la Maison-Blanche n’a pas nommé de directeur principal pour l’Afrique. Ce vide reflète non seulement ces incertitudes, mais aussi les orientations idéologiques qui sous-tendent ces nominations. Les diplomates et acteurs africains restent dans l’expectative, leurs appels sans réponse ou accueillis par des platitudes évasives.

La République démocratique du Congo (RDC) illustre bien cette confusion. Un accord clé sur les minerais critiques impliquant le cobalt congolais, les États-Unis et l’incertitude quant à la réaction de la Chine est devenu un premier point de tension. De récents décrets présidentiels laissent entrevoir une approche musclée et axée sur la sécurité en matière d’acquisition de ressources, mais ils soulèvent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses. Quel rôle joueront les pays africains producteurs de minerais critiques ? Quelle sera leur marge de manœuvre dans ces interactions ? Ces politiques seront-elles cohérentes ou bien une répétition de la diplomatie improvisée et dictée par les personnalités marquantes du premier mandat de Trump ?

Une inquiétude particulière se fait sentir parmi les décideurs africains tentant d’interagir avec ce « nouveau-vieux » Washington. Certains se souviennent de la brutalité avec laquelle des programmes ont été supprimés ou relégués au second plan lors du dernier mandat de Trump. D’autres gardent en mémoire la nature transactionnelle de l’engagement américain, où l’aide au développement ou l’assistance sécuritaire étaient souvent présentées comme un troc à somme nulle. Cet héritage persiste, et en l’absence d’une vision claire de la politique de Trump 2.0 pour l’Afrique, beaucoup préfèrent attendre que le brouillard se dissipe.

Pendant ce temps, la Chine n’attend pas. L’approche de Pékin est peut-être controversée, mais elle est constante. Les infrastructures, les investissements et les gestes diplomatiques continuent d’affluer. Et cette constance a son importance. Pour les gouvernements africains qui planifient sur cinq, dix ou vingt ans, la prévisibilité compte autant que le partenariat.

Au milieu de cette confusion, j’ai donné cette semaine une conférence à l’université de Georgetown, où j’ai parlé aux étudiants des minerais critiques et de la compétition entre grandes puissances. C’était rafraîchissant d’apporter une perspective africaine—une voix trop souvent absente des débats politiques aux États-Unis. Les étudiants étaient impatients de comprendre comment l’Afrique se perçoit dans cet échiquier mondial émergent : non pas comme un prix passif, mais comme un acteur à part entière, avec ses propres objectifs, contraintes et capacités d’action.

Comme j’ai oublié de leur dire, l’Afrique n’est pas qu’une source de cobalt ou de lithium. C’est le continent qui abrite la population la plus jeune du monde, un laboratoire pour la résilience climatique et un moteur potentiel de la croissance économique mondiale. Toute stratégie américaine qui considère le continent uniquement comme un pion géopolitique est vouée à l’échec, tant moralement que stratégiquement.

L’administration Trump a encore le temps de trouver ses repères. Peut-être que dans les semaines à venir, une fois les nominations clés finalisées, les signaux politiques deviendront plus cohérents. Peut-être. Mais pour l’instant, l’incertitude règne.

Et si l’incertitude est utile pour générer des gros titres et des panels de think tanks, elle ne saurait se substituer à une véritable politique. L’Afrique observe. Et attend.

C’est quoi le Projet Afrique Chine

Indépendant

Le Projet Afrique-Chine est fondamentalement independent, non-partisan et ne fait la promotion d’aucun pays, compagnie ou culture.

Actualité

Une sélection minutieuse des articles les plus importants de la journée sur la Chine et l’Afrique. Mise à jour 24 heures sur 24 par des rédacteurs humains. Pas de robots, pas d’algorithmes

Analyses

Des points de vue divers, souvent non conventionnels, d’universitaires, d’analystes, de journalistes et de diverses parties prenantes du débat Chine-Afrique.

Réseau

Un réseau de professionnels unique, composé de chercheurs, d’analystes, de journalistes et d’autres acteurs de la Chine et de l’Afrique du monde entier.