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Opinions et perceptions de la présence chinoise dans les mines de cuivre et cobalt en RDC

Le chinois CMOC devient premier producteur de Cobalt
Vue aérienne de la mine Tenke Fungurume en République démocratique du Congo, l'une des plus grandes mines de cobalt et de cuivre du pays, aujourd'hui au centre d'un âpre conflit entre ses propriétaires.

Note introductive  

Cet article fait partie de la série d’articles qui va accompagner la carte interactive du secteur cupro-cobaltifère produit par le China Global South Project. 

Les articles publiés aborderont directement ou indirectement les questions et problèmes généraux ou spécifiques liés à ce secteur en République démocratique du Congo. 

Dans cet article, l’auteur Yannick Kahumbo, aborde la question de la perception populaire des habitants de la ville de Lubumbashi et de Kolwezi sur les investissements miniers chinois dans leurs provinces. À travers une série d’interviews, il a recueilli les avis et les opinions des citoyens lambda.

Les témoignages reflètent un mixte fait d’enthousiasme, de prudence, méfiance et parfois pessimisme. Un mixte émotionnel qui est certainement lié au très peu d’informations disponibles et vérifiables autour des investissements miniers chinois. L’opacité qui entoure ces investissements laisse souvent place à des rumeurs qui sont renforcées par les expériences vécues par certains congolais. 

Pour vous en savoir plus sur la cartographie du cuivre et cobalt en RDC, vous pouvez visiter notre outil sur le https://projetafriquechine.com/cobalt/

Les points de vue et les opinions exprimés n’engagent toutefois que l’auteur et ne reflètent pas nécessairement ceux du China Global South Project. Le China Global South Project et ses affiliés ne peuvent en être tenues pour responsables.

Le China Global South Project

Le massif investissement de la Chine dans le secteur minier congolais ne laissepas indifférent. Si certains y voient une opportunité de développement, d’autres s’inquiètent des conséquences sociales et environnementales de cette présence étrangère. 

Dans cet article, nous allons recueillir les témoignages de quelques habitants de Lubumbashi, loin des zones d’exploitation du cuivre et du cobalt, pour savoir comment ils perçoivent les Chinois. Ont-ils confiance en eux ? Se sentent-ils fiers de leur pays face à cette puissance économique ? Comment la présence chinoise, affecte-t-elle, leur sentiment national, comparé à l’ancienne Gécamines ?

Entre espoir et désillusion

 « Les Chinois sont les bienvenus chez nous. Mais en même temps on a plutôt l’impression qu’ils viennent juste pour prendre nos minerais et s’en aller. Il y a un certain temps, tout le monde rêvait d’entrer à Tenke Fungurume Mining, TFM. Fungurume, puisque nous en parlons, était l’eldorado… Mais depuis que les Chinois ont repris l’entreprise, on a plutôt l’impression que la magie s’est arrêtée. TFM ne fait plus rêver. Pourquoi ? A cause de mauvais traitements et des salaires plus du tout attrayants… Côté rentabilité, ils sont au top, mais c’est leur côté humain et social qui pose problème. On ne peut pas comparer ce que les Chinois font à la Gécamines. Et je pense que c’est de la manière dont ils sont venus qui pose véritablement problème : minerais contre les infrastructures. On n’a pas vu les infrastructures en question. A Lubumbashi on ne voit rien. La Gécamines a construit des villes, des écoles, des hôpitaux, etc. »  Ainsi s’exprime Jérémie, un étudiant en polytechnique, qui se dit très content de l’investissement chinois mais pas satisfait. 

« Ils disent qu’ils paient les taxes et que c’est notre pays qui pose problème. L’argent est détourné. Ils peuvent avoir raison. Mais que ce soit avec TFM, Congo Dongfang International Mining, CDM ou même les autres entreprises minières chinoises, un seul fait se dégage : Les mauvais traitements. Peut être que c’est un problème de culture. Si je dois comparer l’actuel TFM à Kamoto Copper Congo, KCC ou à KAMOA par exemple, il n’y a pas photo. »  Ainsi se plaint Patrick, un jeune photographe de 32 ans, qui se dit désolé par la présence chinoise.

« Les Chinois sont là pour prendre nos minerais, c’est tout. Et ils nous laissent des trous. » Ainsi se révolte Martine Kabeya, travailleuse dans une entreprise étatique.

« Je n’ai pas encore entendu que dans une entreprise chinoise, on payait bien les travailleurs par rapport au travail effectué… Nos minerais, peut-être qu’ils ne profitent qu’à certaines personnes, mais dans la globalité, il n’y a rien. Ils (les chinois) donnent de l’emploi à nos frères et sœurs, mais pour quel salaire ? On ne peut pas comparer avec la Gécamines… » Nuance monsieur Gilbert, un changeur de monnaie. 

Un échange asymétrique

Les réponses sont variées et nuancées. Certains habitants de Lubumbashi se montrent plutôt favorables à l’investissement chinois, qu’ils considèrent comme un moyen de relancer l’économie du pays et de créer des emplois. Ils estiment que les Chinois font preuve de plus de performance et de réalisme. 

D’autres , en revanche, expriment de la méfiance voire l’hostilité envers les Chinois, qu’ils accusent de piller les ressources naturelles du Congo et de ne pas respecter les droits des travailleurs ni l’environnement. Ils dénoncent les conditions de travail précaires, les salaires dérisoires, les accidents fréquents et les maladies professionnelles qui affectent les employés congolais des entreprises chinoises. Ils se sentent humiliés par la présence chinoise, qu’ils perçoivent comme une forme de néocolonialisme.

Ces témoignages reflètent la complexité et l’ambiguïté des relations entre la Chine et le Congo, qui oscillent entre coopération et domination, entre admiration et ressentiment, entre espoir et désillusion. Ils montrent aussi que le sentiment national des Congolais n’est pas figé, mais qu’il évolue en fonction du contexte historique, politique et économique. Certains Congolais, face à l’influence croissante de la Chine, expriment leur nationalisme, par exemple en utilisant des slogans comme « mahibwe ni yetu : ce sont nos minerais » notamment lors des campagnes électorales passées. D’autres regrettent l’époque où la Gécamines était le moteur de l’économie nationale. D’autres encore se tournent vers d’autres références. 

Ces témoignages démontrent aussi le manque de connaissance ou la confusion qui règne chez beaucoup de Congolais qui ne savent pas faire  la différence entre les investissements chinois dans les mines congolaises et le projet Sicomines, qui est un accord entre les gouvernements chinois et congolais pour échanger des infrastructures contre des minerais.

Selon une étude de Thierry Pairault, cette attitude contradictoire vient du fait que la collaboration entre la Chine et le Congo dans le domaine minier est fondée sur un troc déséquilibré : les Chinois fournissent des fonds, des technologies et des infrastructures en contrepartie des minerais congolais, mais ils ne partagent pas leur expertise avec les Congolais et ne s’engagent pas suffisamment dans les défis du développement durable et du respect des droits humains dans les activités économiques et les relations avec les acteurs concernés. 

Ainsi, les Congolais se sentent à la fois dépendants et exploités par les Chinois, mais en même temps, attirés et fascinés par leur efficacité et leur pragmatisme. 

Les attentes des congolais

L’avenir du secteur minier congolais dépendra en grande partie de la capacité des acteurs locaux à négocier avec les partenaires chinois et avec tous les autres exploitants miniers, mais également à se mobiliser pour défendre leurs intérêts et leurs droits. 

« Nous ne sommes pas contre les Chinois, mais nous voulons qu’ils nous respectent et qu’ils respectent notre pays. Nous voulons qu’ils nous payent correctement, qu’ils nous forment, qu’ils nous protègent, qu’ils nous associent à leurs projets. Qu’il y ait transferts de technologie. Nous voulons qu’ils partagent les bénéfices de l’exploitation minière avec nous, qu’ils investissent dans le développement social, qu’ils contribuent à la protection de l’environnement. Nous voulons être des partenaires, pas des victimes. » Ainsi résume Joseph, un pasteur bien assis dans la cinquantaine, qui se dit favorable à la renégociation des contrats entre les gouvernements congolais et chinois. 

Sources

Thierry Pairault, La Chine en Afrique : le cas du secteur minier au Congo-Kinshasa, Politique africaine, n° 120, 2010

Qui est l’auteur 

Yannick Kahumbo est écrivain et blogueur congolais originaire de Lubumbashi où il réside. Il a publié trois romans et a remporté plusieurs prix littéraires, dont le concours de scénarios du festival Kidogo-Kidogo de Lubumbashi, le prix littéraire Zamenga et troisième au concours les plumes congolaises. 

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