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Donald Trump, le retour, à quoi s’attendre?

Election de Trump: quel impact pour l'Afrique?
L'ancien président américain et candidat républicain à la présidence Donald Trump s'exprime lors d'une soirée électorale au West Palm Beach Convention Center à West Palm Beach, en Floride, le 6 novembre 2024. Jim WATSON / AFP

Groggy, c’est comme ça que s’est réveillé une partie de l’Amérique. L’Amérique progressiste de gauche, élitiste, celle des stars d’Hollywood, celle des grandes villes, cosmopolites, et mondialiste qui espérait, croisait les doigts et croyait en la victoire de la première femme de couleur à la maison Blanche. Il fallait à tout prix s’éviter le cauchemar d’un retour vers le futur. Le retour de celui qui après les évènements du 6 janvier 2021, les innombrables affaires judiciaires, était quasiment condamné à ne plus exister politiquement.


Mais c’était sans compter la frustration et la colère de l’autre Amérique, celle de l’intérieure, conservatrice, laissée pour compte de la mondialisation, celle fatiguée de l’inflation, celle qui vit mal ces vagues incontrôlées d’immigration illégale, celle qui fatiguée de l’idéologie Woke de gauche, en appelait à un retour au bon sens. Et c’est cette Amérique qui a fait gagner Donald Trump …au grand désarroi de la première qui prédit désormais une fin du monde, la leur, imminente. 

Une vision apocalyptique et alarmante qui perd un peu de vue qu’au final qu’il ne s’agit que quatre années et malgré la victoire retentissante des républicains – présidence, vote populaire et les deux chambres du Congrès – qu’il en faudra certainement bien plus à la vague MAGA pour détruire cette Amérique qui aura mis des siècles à se construire. 

Une “destruction” de l’Amérique qui est aussi crainte et scrutée outre atlantique, outre pacifique et dans le reste du monde. 

Qu’adviendra-t-il de ces alliés européens et asiatiques qui pendant longtemps ont sous-traité leur sécurité à la toute puissance américaine ; qui finalement avait finir par devenir source de tensions face à deux géants – la Russie et la Chine – qui voient mal cette expansion américaine à leurs frontières.

Qu’adviendra-t-il de cette rhétorique antichinoise qu’il (Trump) avait initiée et qui a fini par être reprise par Biden pour finalement devenir une posture bipartisane au sein de l’establishment américain.

De Paris à Manille en passant par Kiev, on se pose des questions et on s’inquiète sans pour autant paniquer. 

On s’inquiète de cet isolationniste Trump qui n’a fait aucun secret de son aversion pour ces alliances internationales qui coûteraient bien plus à l’Amérique qu’elles ne lui en rapporteraient. 

Le Trump isolationniste et transactionnel ne sacrifiera-t-il pas leurs intérêts – une partie de l’Ukraine – sur l’autel des intérêts américains ? 

Mais on ne panique pas. Emmanuel Macron, serein, ne se fait lui aucune illusion quant à ce. Devant ses collègues européens à Budapest, il a tenu à rappeler que Trump a été élu pour les Américains et défendra les intérêts des Etats-Unis. Et dans une comparaison à hérisser les poils des végétariens, Il a insisté pour que l’Europe développe sa propre autonomie afin de ne pas être cet “herbivore” qui finira par se faire dévorer par les puissants carnivores. Et l’italienne Giorgia Melonie de renchérir, reprenant la formule de Kennedy « ne demandez pas ce que les Etats-Unis peuvent faire pour vous, demandez ce que l’Europe devrait faire pour elle-même ». En Europe, l’heure est au réalisme. 

Quant à l’Afrique, où il a été observé une sorte d’enthousiasme pour la candidature de Trump – la faute certainement à un rejet de l’idéologie Woke démocrate qui avait fini par devenir un outil de politique étrangère – c’est l’attente. 

Mais pas une attente oisive cependant. Entreprenant, plusieurs dirigeants africains ont vite fait de chauffer les lignes téléphoniques de l’univers Trump sur K-Street. Il s’agit pour eux de se garantir une place sur la liste des priorités de la politique étrangère de la maison blanche. Il faut bien trouver un moyen d’exister dans l’esprit de celui qui considère leurs pays comme des « shitholes countries. » La place sera accordée à ceux qui parviendront à faire valoir leur importance à Donald Trump.

Déjà absente dans les priorités de l’administration actuelle – si ce n’est pour contre l’avancée de la Chine –, elle ne devra pas s’attendre à figurer en haut de la liste des priorités de la future administration, pour qui si ce n’est pour des questions de sécurité nationale et contrer la Chine dans certains pays, n’accordera que très peu d’importance à un continent qui ne représente pas grand-chose en termes d’échanges commerciaux et d’investissements.

Face une maison blanche déconnectée du continent, la politique africaine de cette administration pourrait bien revenir entre les mains d’experts et individus qui eux sont intéressés par le continent. Dans cet orbite Trumpien, on retrouve ainsi Peter J.Pham, ancien envoyé spécial pour la région des grands lacs et qui ne cache pas son aversion ouverte envers la présence chinoise en Afrique. 

Pressenti sous-secrétaire d’État pour les questions africaines, il sera certainement celui qui mènera la charge de la rhétorique et des politiques ouvertement anti chinoises dans les pays qui, à cause des ressources naturelles et/ou position géographique et poids économique, compteront pour l’administration Trump. 

Ainsi des pays comme la RDC, l’Afrique du Sud, l’Angola pourraient bien faire les frais ou bénéficier, d’une façon ou d’une autre, de l’attention que ces acteurs lui accorderont. 

L’Afrique du Sud, dans le collimateur de l’administration Biden pour son rapprochement prononcé avec Moscou et Pékin, sera en ballotage défavorable avec cette administration. La tentation d’instrumentalisation de l’AGOA est bien trop forte pour qu’elle n’y cède pas. Elle devra cependant ne pas perdre de vue, comme l’avait rappelé Naledi Pandor, ancienne ministre des Affaires étrangères, que son pays produit 15 des minerais dont dépend fortement leur industrie automobile américaine.

Et donc dans ce jeu de chantage, il n’est pas certain que Pretoria puisse plier l’échine si facilement. Les patrons des industries américaines pourraient bien jouer les médiateurs pour calmer des velléités qui pourraient envoyer définitivement Prétoria dans les bras de Moscou et Pékin.

Quant à l’Angola et la RDC au cœur de la stratégie de reconquête américaine sur le continent, à travers le corridor de Lobito dont seul l’agenda sécuritaire pourrait en assurer la survie, sont en passe de devenir l’épicentre des tensions géopolitiques sino-américaines sur le continent.

Quant au reste du continent, Pékin aura les mains libres pour étendre son influence sur le continent. L’isolationnisme de Trump servirait finalement les intérêts de Pékin en Asie comme en Afrique. 

En attendant ce que l’avenir nous réserve, il revient au continent de prendre toute la mesure de l’ère de l’incertitude qui s’ouvrira à nous dès le 20 janvier prochain. 

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