La situation de la China National Petroleum Corporation (CNPC) au Niger ne s’améliore pas . Elle est toujours dans une relation tendue avec la junte au pouvoir qui tente de lui ôter le monopole de la commercialisation du pétrole d’Agadem. La situation de la CNPC illustre la vulnérabilité croissante des investissements chinois dans des environnements politiques instables.
Principal opérateur pétrolier du pays, la CNPC se trouve aujourd’hui dans une position paradoxale; indispensable à l’État nigérien, mais en même temps presque otage d’une junte militaire déterminée à maximiser ses rentes dans un contexte de fortes contraintes financières et d’isolement international.
Depuis le coup d’État de 2023 et l’arrivée au pouvoir du général Abdourahamane Tchiani, Niamey fait face à un besoin croissant de devises. La mise en service de l’oléoduc reliant les champs d’Agadem au port béninois de Sèmè, une infrastructure stratégique financée et opérée par CNPC, a renforcé la dépendance mutuelle entre les deux parties. Mais cette interdépendance joue aujourd’hui en défaveur de l’entreprise chinoise. Ayant engagé des investissements massifs dans l’oléoduc et contrôlant 100 % de la production pétrolière nigérienne, CNPC ne peut se permettre ni un retrait ni une rupture brutale avec le pouvoir en place.
Consciente de cette contrainte, la junte nigérienne a déployé depuis bientôt deux ans plusieurs outils de pression contre la CNPC. Menaces de nationalisation, gel des comptes bancaires des filiales, multiplication des contrôles fiscaux et durcissement des exigences sociales — réduction du nombre d’expatriés, hausse des salaires des employés locaux — servent de leviers pour forcer la CNPC à accepter des concessions supplémentaires.
À cela s’ajoute la menace de faire venir des négociants pétroliers étrangers afin de créer une concurrence et d’accroître le rapport de force face à l’opérateur chinois.
Le recours aux préfinancements, devenus vitaux pour la survie budgétaire du régime, place la CNPC au cœur d’un chantage permanent. Refuser d’y répondre exposerait l’entreprise à des mesures coercitives ; accepter reviendrait à approfondir son enfermement dans une relation asymétrique. En 2024, elle avait dû accepter de faire une avance de 400 millions USD à la junte afin de préserver son monopole sur la commercialisation du pétrole.
Dans ce contexte, la vulnérabilité de CNPC est manifeste. Dépourvue d’outils sécuritaires ou politiques comparables à ceux mobilisables par certaines puissances occidentales, la Chine découvre les limites de sa stratégie fondée sur l’investissement massif et la non-ingérence. Le cas nigérien rappelle ainsi que, dans des États fragiles gouvernés par des régimes en quête de survie, même les acteurs chinois les plus puissants restent exposés à une instrumentalisation politique durable.
LECTURE RECOMMANDÉE:
- Africa Intelligence: CNPC tente de conserver son monopole malgré la pression d’Abdourahamane Tchiani




