Face à la montée en puissance des rebelles du M23 qui depuis la mi-janvier 2025 ont pris les villes de Goma et Bukavu dans l’est du pays, le président congolais, Felix Tshisekedi, semble prêt à sacrifier la Chine en échange des garanties sécuritaires de la part des Etats-Unis.
Dans une interview accordée au New York Times à la fin février, Felix Tshisekedi a exprimé sa volonté de signer des accords miniers avec les Etats-Unis et les pays européens, en échange de leur engagement à mettre fin au conflit qui oppose la RDC au mouvement rebelle M23 qui est soutenu par le Rwanda.
Dans un courrier adressé au Secrétaire d’Etat, Marco Rubio et à des membres du congrès, à la mi-février, le gouvernement congolais, à travers le lobbyist Aaron Poynton, rappelle l’énorme potentiel en minerais critiques de la RDC qui peut garantir un accès et à la création des stocks stratégiques pour les Etats-Unis.
Le quotidien Africa Intelligence rapporte qu’à la mi-février, une forte délégation des décideurs congolais s’était rendue à Washington pour rencontrer leurs homologues américains afin d’aborder la question. Dans ces discussions, la délégation congolaise a mis sur la table une série d’actifs miniers dont ceux de Chemaf, pour lesquels la société publique, la Gécamines s’oppose à sa vente au chinois Norin Mining.
On se souviendra qu’à la suite de la deuxième opposition de la Gécamines à l’offre de Norin Mining, la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants américain avait publié un tweet encourageant activement le gouvernement congolais à continuer à s’opposer à cette acquisition car elle mettait en danger la sécurité nationale des Etats-Unis et serait préjudiciable aux Etats-Unis et à la RDC.
Dans le courrier adressé aux décideurs américains, il est clairement stipulé la volonté du président congolais de se libérer de la forte influence chinoise en RDC et comment il représente une opportunité unique pour les Etats-Unis de reprendre pieds dans le secteur des minerais stratégiques congolais.
L’offre du président congolais et sa volonté d’obtenir un soutien américain, mettent l’opposition de la Gécamines à la transaction de Chemaf sous un autre lumière. Il semble que les considérations géopolitiques et sécuritaires du gouvernement priment bien que les considérations économiques.
La nouvelle posture du président congolais ouvre la porte à une période d’incertitudes dans les relations entre la RDC et la Chine qui se retrouve en position relativement désavantageuse. Malgré sa forte présence dans le cuivre et cobalt congolais, la Chine reste tout de même exposée aux instabilités politiques congolaises.
Cette réalité met aussi en lumière les différentes sphères d’influences et d’actions des grandes puissances en RDC. Malgré sa domination dans le cobat congolais, à cause de son principe de non-ingérence, la Chine n’a, contrairement aux Etats-Unis et aux pays européens, aucune influence sur les questions politiques congolaises et dans la région. C’est ce qui explique pourquoi l’offre du président congolais n’a pas été faite à Pékin qui ne saurait garantir la sécurité du régime de Kinshasa et mettre fin à l’insécurité dans l’est de la RDC.
Quoi qu’il en soit, les relations sino-congolaises s’engagent dans une période d’incertitudes dont l’issue reste totalement incertaine et illisible à ce stade.
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