Abonnez-vous à notre bulletin d'information bi-hebdomadaire gratuit sur la Chine-Afrique.

  • Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Suivez PAC sur les réseaux sociaux

Ecouter le Podcast PAC

Joao Lourenço joue les équilibristes entre Pékin et Washington

Joao Lourenco visite Chine Xi Jinping
Photo d'archive : Le président angolais Joao Lourenco (R) marche avec le président chinois Xi Jinping lors d'une visite d'État à Pékin, le 9 octobre 2018. GREG BAKER / AFP

C’est certainement bien plus serein et plus sûr que ses collègues africains qui l’ont précédé que Joao Lourenço est arrivé ce 14 mars 2024 à Pékin. Dans son agenda, pas très détaillé, une rencontre avec son homologue chinois pour la signature de quelques accords de coopération – formule diplomatique chinoise consacrée pour parler des protocoles d’accord – un diner d’État, et un voyage dans la région du Shandong. 

Comme ses collègues africains, repartira-t-il autant les mains vides ou Pékin tentera d’accommoder ce partenaire régional africain désormais courtisé par Washington et Bruxelles qui a accepté de faire de son pays le point de départ de ce qui est perçu comme la contre-attaque occidentale contre la Chine en Afrique. 

Et quoi de plus symbolique que de la mener dans le pays qui a été pendant longtemps le symbole même de la puissance financière et de l’influence chinoise en Afrique avec son modèle angolais. Modèle angolais qui fit des émules un peu partout sur le continent et donna notamment naissance “aux contrats chinois” dans le Congo voisin. 

C’est dans ce contexte particulier que Joao Lourenco arrive à Pékin, bien conscient de l’importance que son pays représente aujourd’hui.  En novembre dernier, il rencontrait Biden et mettait les deux pieds dans le plat dans la compétition entre Pékin et Washington. 

Faut dire que depuis son accession au pouvoir, il n’a pas fait de cadeau à la Chine. Tour à tour et méthodiquement il a démonté les réseaux d’affaires et les relais politiques qui avaient permis à Pékin d’exercer et d’accroitre son influence dans le pays. 

Pour donner l’exemple, il s’évertua à nettoyer les entreprises et projets qui étaient devenus la représentation de la puissance chinoise dans le pays. Au-delà de la mine Catoca qu’il nationalisaaprès avoir éjecté une filiale de la China Sonangol, c’est le « rejet » de l’offre du consortium chinois menés par CITIC et China Railway sur la concession du chemin de fer de Benguela qui fit l’effet d’une bombe. 

Le choix porté sur Trafigura et Mota Engil aura été le message d’un Joao visiblement désireux de sortir son pays d’une dépendance économique chinoise très risquée. Comment rejeter l’offre de ceux qui huit ans plutôt avait réhabilité ce chemin de fer a l’abandon à coût de milliards de dollars ?

Si le refus de l’offre chinoise sur Benguela avait pu s’expliquer derrière des considérations de conformité technique et économique, c’est le départ, certains parleront de départ forcé, de la CITIC Construction Co. Ltd , encore elle, et Shandong Port Group Co du port de Lobito qui mettra en lumière la dimension politique derrière ces mésaventures chinoises en Angola. 

Alors que le contrat avait été signé et l’annonce faite, le contrat de concession du port de Lobito accordé à CITIC et Shandong Port leur sera retiré, dans des conditions obscures, pour l’accorder AGL (ex-Bolloré Afrique)

Mais au milieu de tous ces entrefaites, Joao Lourenco ne perd certainement pas de vue les 18 milliards de dollars de dettes de l’Angola à la Chine et les milliers de barils de pétroles qui y sont exportés en guise de paiement.  

Conscient de cette réalité, il ne saurait non plus fâcher ni trop frustrer Pékin au risque de se mettre à dos un partenaire qui pourrait bien lui rendre la vie difficile. 

Donc durant ce voyage, Il s’agira de préserver de bonnes relations avec son premier partenaire commercial et démontrer que l’Angola reste un pays ouvert à tous. Du reste Huawei continue son expansion dans le pays, China Gezhouba construit le barrage de Caculo Cabaca ou encore la Sonangol et la China National Chemical Engineering qui lèvent des fonds pour la construction d’une raffinerie de pétrole à Lobito

Il s’agit aussi de rassurer que les derniers développements ne sont en rien l’expression d’un néo-atlantisme angolais anti-chinois sur fond de rivalité sino-américaine. 

Mais surtout Il s’agira aussi de convaincre Pékin de la nécessité de mettre en place une coopération qui arrange autant les intérêts des deux parties tout en ne perdant pas de vue que L’Angola n’est plus désespérée, qu’elle est à nouveau fréquentable et qu’elle a désormais d’autres options viables sur la table. 

Donc qu’il en reparte les bras pleins d’accords concrets ou simplement de protocole d’accords, Joao Lourenço sait désormais qu’il a une carte à jouer… si tant qu’il parvient à bien manœuvrer et intégrer les changements qui pourraient survenir dans la politique étrangère américaine si en novembre prochain, Donald Trump venait à retourner à la Maison Blanche. 

Consciente de cette dynamique américaine, Pékin pourrait bien être tentée de faire le dos rond et d’attendre. De toute façon en matière pétrole, L’Angola n’est plus ce qu’elle était pour Pékin. 

En attendant, Lourenco devra continuer à jouer aux équilibristes … 

C’est quoi le Projet Afrique Chine

Indépendant

Le Projet Afrique-Chine est fondamentalement independent, non-partisan et ne fait la promotion d’aucun pays, compagnie ou culture.

Actualité

Une sélection minutieuse des articles les plus importants de la journée sur la Chine et l’Afrique. Mise à jour 24 heures sur 24 par des rédacteurs humains. Pas de robots, pas d’algorithmes

Analyses

Des points de vue divers, souvent non conventionnels, d’universitaires, d’analystes, de journalistes et de diverses parties prenantes du débat Chine-Afrique.

Réseau

Un réseau de professionnels unique, composé de chercheurs, d’analystes, de journalistes et d’autres acteurs de la Chine et de l’Afrique du monde entier.