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La Chine face à la diplomatie minière américaine

Donald Trump diplomatie minière
Le président américain Donald Trump écoute le secrétaire américain à l'Intérieur, Doug Burgum, lors de l'annonce de la création d'une réserve de minérais critiques, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, le 2 février 2026. REUTERS/Evelyn Hockstein

Si la diplomatie minière — minerais critiques — menée par Donald Trump — axée sur les seuls intérêts stratégiques américains — ne devrait pas ébranler substantiellement la domination chinoise sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, elle pourrait néanmoins mettre en lumière des fragilités chinoises et contraindre la Chine et ses entreprises à affronter un nouveau type auquel ils n’avaient pas encore été confrontés jusque-là.

Pendant des années, Pékin s’est habitué à une batterie d’initiatives diplomatiques occidentales unilatérales et/ou multilatérales – cadres réglementaires, dispositifs législatifs – destinées à contrer son emprise sur les minerais stratégiques. Mais ces annonces et initiatives se sont rarement traduites par des actes concrets susceptibles d’inquiéter Pékin.

En cause, un décalage persistant entre les postures et ambitions des décideurs politiques et les besoins et exigences du secteur privé, ainsi qu’un manque de volonté politique ferme et claire d’aller au bout des stratégies affichées. Ça c’est compter les obstacles politiques et juridiques internes à ces pays qui ont aussi freiné les capacités des pays occidentaux à aller au delà de simples déclarations.

Pour la Chine, la menace restait donc limitée. Il n’était d’ailleurs pas rare de voir des entreprises occidentales conclure des partenariats avec des groupes chinois ou leur céder des actifs miniers stratégiques, au grand dam de leurs propres gouvernements.

Cette fois, la donne semble différente. Contrairement aux administrations américaines précédentes, Donald Trump paraît déterminé à mobiliser l’ensemble des leviers à sa disposition – politiques, financiers et diplomatiques – pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement américaine en minerais critiques. S’il est encore trop tôt pour en mesurer l’efficacité à long terme, l’intention et l’intensité marquent une rupture nette avec les approches antérieures.

Sur le plan financier, l’administration a mis en place une panoplie d’instruments destinés à soutenir l’investissement du secteur privé américain, aux États-Unis comme à l’étranger, via des mécanismes de réduction des risques (derisking) et des financements directs ou indirects.

Plus largement, pour sécuriser ses approvisionnements, Washington assume une diplomatie de plus en plus directe et froide, fondée sur les intérêts nationaux et affranchie de considérations normatives. Les objectifs américains priment, quels que soient la nature, la légitimité ou les valeurs des régimes partenaires, dès lors qu’ils acceptent de s’aligner sur les priorités de Washington. Accords bilatéraux et cadres d’investissement sont négociés pour inciter les entreprises américaines à pénétrer des juridictions minières réputées à haut risque, tant sur le plan commercial que réputationnel.

Lorsque cela est jugé nécessaire, la coercition, sous toutes ses formes, peut être mobilisée pour défendre les intérêts américains, avec une attention relative au droit international ou aux normes établies.

Dans ce contexte, les États fragiles, dotés d’institutions faibles, deviennent des cibles privilégiées de cette diplomatie musclée. Leurs vulnérabilités structurelles peuvent être exploitées pour imposer des alignements politiques et stratégiques favorables à Washington. Les régimes confrontés à des menaces sécuritaires réelles, internes ou externes, se montrent particulièrement réceptifs, cherchant parfois une protection américaine en échange d’un accès à leurs ressources naturelles.

Les pays riches en minerais critiques dont les États-Unis ont un besoin urgent sont, sans surprise, activement courtisés. Le premier forum ministériel sur les minerais critiques, organisé à Washington il y a quelques semaines, s’inscrit pleinement dans cette logique.

Face à cette offensive, Pékin a de quoi s’inquiéter. Il se retrouve confronté à une administration américaine prête non seulement à mobiliser d’importantes ressources financières, mais aussi à exercer une pression maximale sur les gouvernements qui accueillent des intérêts chinois. Jusqu’à récemment, la Chine pouvait compter sur les divergences entre l’État américain et le secteur privé, ainsi que sur une diplomatie américaine dite « fondée sur les valeurs », qui, au nom des droits humains, excluait certains pays et les rendait de facto inaccessibles aux investisseurs privés.

Délestée de ces contraintes, la diplomatie américaine sous Donald Trump, notamment lorsqu’il s’agit des minerais critiques, apparaît aujourd’hui plus pragmatique, plus transactionnelle et plus focalisée sur des résultats stratégiques immédiats. Pour Pékin et pour les entreprises chinoises opérant dans des pays à gouvernance faible et à stabilité politique fragile, la question centrale devient la suivante : comment défendre des positions acquises face à un adversaire ouvertement interventionniste.

Pour le moment, les entreprises chinoises peuvent s’appuyer sur les cadres juridiques nationaux et internationaux des pays hôtes. Mais ces protections n’offrent aucune garantie absolue. Les arbitrages internationaux et les contentieux peuvent s’étirer sur des années, sans empêcher qu’une mine expropriée continue de produire – éventuellement au bénéfice d’autres acteurs.

Un tel scénario ne s’est pas encore concrétisé, mais il alimente manifestement les réflexions des décideurs chinois. Les investissements chinois sont-ils réellement en sécurité dans des pays où des régimes fragiles peuvent céder sous la pression extérieure ? Les cadres juridiques et les réseaux politiques suffiront-ils à les protéger face à des gouvernements qui sont en lutte permanente pour leur survie et leur sécurité – un domaine dans lequel Pékin, au-delà de ses ressources financières, offre peu de garanties ?

Il est encore prématuré de tirer des conclusions définitives sur l’efficacité à long terme de cette nouvelle diplomatie américaine des minerais critiques. Mais son caractère offensif est déjà suffisamment affirmé pour poser une question stratégique majeure : comment Pékin compte-t-il défendre ses intérêts miniers à l’étranger ?

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