Un jeune Chinois travaillant comme traducteur bilingue anglais-français sur des projets d’infrastructures en Guinée a trouvé une manière originale de dialoguer avec la jeunesse chinoise. Sur la plateforme vidéo Bilibili, il a ouvert un compte pour documenter la vie sur les chantiers. À la surprise de son audience, ses vidéos offrent des aperçus rares et détaillés de la façon dont les projets ferroviaires et de tunnels chinois sont réellement construits en Afrique.
Dans son dernier épisode, intitulé « Combien peut-on vraiment gagner comme traducteur en Afrique ? Peut-on vraiment le supporter ? », il passe avec aisance de l’anglais au français et au chinois pour guider les spectateurs à travers la construction d’un tunnel creusé dans la montagne. Il explique, étape par étape, comment l’eau souterraine est drainée, comment des détecteurs radar sont utilisés sur la voûte du tunnel pour tester la qualité des parois en ciment, et pourquoi les plateformes élévatrices nécessitent des techniciens spécialisés, toujours rares sur les chantiers africains.
Il filme également le processus de contrôle qualité après la construction : test de la stabilité des couvercles de drainage sur les parois du tunnel, mesure de la résistance du béton à l’aide d’un marteau de rebond. Il capture même les dernières étapes de l’installation ferroviaire : soudure par étincelage, meulage de précision et serrage minutieux des rails, pièce par pièce.
Mais le blogueur ne s’arrête pas au chantier. Sa caméra le suit jusqu’au laboratoire, où s’empilent des rapports techniques à traiter. Il documente aussi sa propre maladie, notant avec curiosité que les médicaments qui lui ont été prescrits provenaient du Cambodge et de l’Inde.
À la fin de la vidéo, il médite sur les nombreux rôles que les traducteurs en Afrique doivent souvent assumer : coordinateur, contrôleur qualité, gestionnaire de documents… Puis il lance à son public : « Alors dites-moi, quel devrait être mon salaire ? »
Pourquoi est-ce important ? Jusqu’à présent, la plupart des vloggers chinois en Afrique se concentraient sur leur vie quotidienne ou leurs affaires. Sa chaîne est l’une des rares à dévoiler la dimension technique et complexe des projets d’infrastructures chinois à l’étranger. Sa biographie elle-même ressemble à un journal générationnel : « 2023, j’ai quitté mon emploi pour voyager en Chine. 2024, à court d’argent, je suis parti en Afrique pour travailler. 2025, j’ai découvert que je gagnais mieux qu’à la maison, alors je suis resté. »
Sur fond de ralentissement économique et de contraction du marché de l’emploi en Chine, son récit sincère résonne profondément auprès des jeunes. Éduqué et pragmatique, il transmet au public chinois un savoir de terrain sur l’ingénierie et la construction, offrant non seulement des informations, mais aussi un rare sentiment de proximité avec l’Afrique. À travers son regard, les projets chinois dans le Sud global apparaissent concrets, professionnels et humains.





